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UMP: Nicolas Sarkozy pris de court par Alain Juppé

Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, ici à Tourcoing, le 29 janvier, est embarrasé par son rival Alain Juppé.

Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, ici à Tourcoing, le 29 janvier, est embarrasé par son rival Alain Juppé. - AFP

Contraint par la stratégie du rassemblement de consulter pour établir la position du parti entre le PS et le FN dans le Doubs, Nicolas Sarkozy se voit supplanté publiquement par des membres de sa direction mais surtout par son rival Alain Juppé.  Inquiétant?

Dimanche soir, alors que les résultats de la partielle du Doubs sont tombés et le candidat de l’UMP éliminé, Nicolas Sarkozy consulte les ténors de son camp. Le président du parti appelle notamment ses rivaux Alain Juppé et François Fillon, mais aussi François Baroin, qui lui promettent de ne pas s’exprimer avant le bureau politique de ce mardi, qui doit entériner la position "commune" du parti. Mais, dans la nuit de lundi à mardi, Alain Juppé redistribue les cartes et prend position: "s’il devait voter dans le Doubs, il voterait pour le PS".

Une manière de ne pas se laisser enfermer par une décision collégiale qu'il n'allait pas forcément partager. Si le propos est minoré par le peu de crédit que l’ancien Premier ministre accorde au front républicain et aux consignes de vote, la rupture avec la ligne définie par Sarkozy est consommée et l’autorité du chef défiée publiquement. C’est "peut-être un coup de canif dans le contrat", a d'ailleurs reconnu le porte-parole Sébastien Huygue, rappelant que l’UMP est "d’accord sur l’essentiel: combattre le FN". 

Silencieux, Sarkozy a pourtant choisi

"Le plus grave, c'est que Nicolas Sarkozy n'arrive pas à faire parler le parti d'une seule voix", s'agace un ancien ministre, cité par l'AFP. Mais si le cas Juppé est symptomatique, le maire de Bordeaux n’est pas le premier de son parti à se positionner.

Au sein de la nouvelle de direction, si le secrétaire général Laurent Wauquiez aurait voté blanc, la numéro 2 Nathalie Kosciusko-Morizet avait adopté, sur BFMTV, la même ligne qu’Alain Juppé, jugeant que le FN "défigurait la France". Laissant aussi apparaître, derrière une liberté d’expression et d’opinion brandie comme un étendard, une première ligne de fracture entre ceux qui penchent au centre et ceux qui regardent à droite.

Dès lundi matin, Bruno Le Maire ou Henri Guaino avaient eux justifié le "ni-ni" qui va vraisemblablement l’emporter à l’UMP.

Selon Le Monde, bien que silencieux, Nicolas Sarkozy, lui-même, aurait déjà tranché en faveur d’une ligne qu’il avait déjà imposée dès 2011. Lors des cantonales de cette année là, aucune alliance n’était permise avec le FN mais il était aussi interdit de se retirer d'une triangulaire en faveur d’un candidat socialiste. 

Le rassemblement pénalise Sarkozy

Cet épisode montre donc les limites de la gestion, au cas par cas, et induit l’absence d’une ligne claire au sein de l’opposition face à Marine Le Pen qui progresse dans les enquêtes d'opinion (+9) depuis son retour et l'attaque frontalement.

Si soucieux de promouvoir le grand rassemblement de sa famille politique, Nicolas Sarkozy entend maintenant obtenir un consensus, en rencontrant notamment les parlementaires de son camp pour aiguiser ses arguments, ce mardi matin. Deux jours trop tard.

Nicolas Sarkozy avait promis qu’une fois élu à la tête de l’UMP, il accélérerait tellement vite que ses concurrents se verraient rapidement détachés. Trois mois plus tard, il n’en est rien et l‘ancien chef de l’Etat est en retard. 

Samuel Auffray