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Propos anti-Roms: "Je regrette d'avoir répété cette phrase", explique Luc Jousse

Luc Jousse, maire de Robquebrune-sur-Argens, portant l'écharpe républicaine.

Luc Jousse, maire de Robquebrune-sur-Argens, portant l'écharpe républicaine. - -

Le maire de Roquebrune-sur-Argens (Var) avait déclaré: "Ce qui est presque dommage, c'est qu'on ait appelé trop tôt les secours!", le 12 novembre lors d'une réunion publique. Il s'est expliqué jeudi matin sur BFMTV.

"Ce qui est presque dommage, c'est qu'on ait appelé trop tôt les secours!", avait déclaré Luc Jousse, le maire UMP de Roquebrune-sur-Argens, le 12 novembre lors d'une réunion publique enregistrée par un habitant, à propos d'un incendie survenu dans un camp de Roms. Une déclaration était rapportée par Mediapart mercredi.

Jeudi matin, Luc Jousse est revenu sur les circonstances de ces déclarations qui créent une vive polémique. "Cette phrase n'était pas de moi, je regrette de l'avoir répétée", a-t-il expliqué sur BFMTV. "S'il le faut, je m'expliquerai devant la commission de l'UMP", a-t-il poursuivi alors qu'il est aujourd'hui menacé de sanctions par son parti.

Luc Jousse se dédouane et "s'excuse"

Mercredi, Luc Jousse évoquait déjà sur notre antenne "une extrapolation" et non "un dérapage". "Ce n’est pas un dérapage, c’est une extrapolation, jamais je n’aurais pu prononcer une phrase comme ça", s'est justifié le maire de Roquebrune. "Sur le fait qu’ils se mettent eux-mêmes le feu ça, c’est vrai. Le scandale de cette situation, c’est que nous avons gagné une décision pour les expulser et que la préfecture ne fait rien", a expliqué l'élu. Quant à la fameuse phrase sur l'appel des secours, Luc Jousse l'attribue à une personne de l'assistance: "Je n’ai pas prononcé cette phrase, j’ai relayé les propos d’un riverain, je m’excuse".

La version du maire est cependant contestée par Gilbert Branchet, responsable du collectif des Indignés de Roquebrune. Selon ce témoin présent à la réunion publique et qui a écouté l'intégralité de l'enregistrement d'une durée de "quasiment trois heures", Luc Jousse n'aurait nullement repris des propos émanant du public. "Non, ça vient vraiment de lui, ce n'était pas une réponse à une question", assure-t-il, ajoutant qu'"il n'y a jamais eu de tels propos émanant du public".

Dans l'enregistrement révélé par Mediapart, Luc Jousse avait justifié sa saillie par le fait que les Roms lui "ont mis neuf fois le feu". "Neuf fois des départs de feux éteints par le SDIS, dont le dernier, il se le sont mis eux-mêmes. Vous savez ce qu'ils font: ils piquent des câbles électriques et après ils les brûlent pour récupérer le cuivre et ils se sont mis à eux-mêmes le feu dans leurs propres caravanes! Un gag!", a expliqué l'élu.

L'élu varois, qui brigue un troisième mandat, avait été très confortablement reconduit en 2008 à la tête de cette commune de 13.000 habitants du golfe de Saint-Tropez.

Jacob juge "choquants" les propos du maire

L'UMP n'a pourtant pas vraiment goûté la "plaisanterie". La direction du parti a annoncé au Lab d'Europe 1 qu'"il appartiendra au bureau politique qui se réunira mercredi 11 décembre d'étudier les suites à donner à ces déclarations".

Le sénateur-maire UMP de Toulon Hubert Falco a, quant à lui, jugé ces propos "très graves, parfaitement indignes d'un élu de la République, inconcevables".

Christian Jacob, chef de file des députés UMP à l'Assemblée, a de son côté jugé "choquants" et "inacceptables" les propos tenus par Luc Jousse, ajoutant qu'ils "méritent une sanction". Mais, a-t-il nuancé, indiquant qu'il faudra attendre que le bureau politique se réunisse et d'avoir "toutes les informations" pour statuer. La sanction a indiqué le député, pourrait aller jusqu'à "l'exclusion" de l'élu varois.

Christian Jacob a par ailleurs réjeté l'idée d'une "libération de la parole" ou même d'une recrudescence des dérapages.

"Plus digne de porter l'écharpe tricolore", pour le PS

Le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon, a lui aussi estimé mercredi soir qu"aucune excuse, aucune justification" n'était "plus recevable". "Cet élu a sali l'écharpe tricolore et n'est plus digne de la porter. Il doit immédiatement démissionner et son parti l'UMP ne plus accepter en son sein des hommes et des paroles qui la déshonnorent", a-t-il ajouté.

Pour Thierry Mandon, les propos de Luc Jousse sont "plus qu'un sale racisme, c'est la négation de la vie humaine". Parlant des réguliers dérapages sur les Roms qui émaillent l'actualité, le porte-parole constaste que: "Chaque jour ils vont plus loin, chaque jour ils brisent toutes les bornes de l'acceptable. Il faut y mettre un terme, sous peine de provoquer un jour des drames".

SOS Racisme va porter plainte

SOS Racisme, par la voix de Cindy Leoni, a annoncé le dépôt d'une plainte. La présidente l'a annoncé mercredi soir par un tweet: "Propos scandaleux de Roquebrune, Var, SOS Racisme porte plainte".

Propos scandaleux du Maire UMP de Roquebrune Var @SOS_Racisme porte plainte @afpfr @liberation_info @lemondefr @LeFigaro_France @Europe1
— Cindy Leoni (@LeoniCindy) 4 Décembre 2013

Un maire en délicatesse sur d'autres dossiers

Mediapart rappelle aussi que Jean Jousse est visé par une enquête préliminaire ouverte en mai 2013 par la procureure de la République de Draguignan Danielle Drouy-Ayral pour de possibles détournements de fonds et prise illégale d'intérêts. 

Ces futurs possibles ennuis judiciaires sonnent comme une aubaine pour le Front national en embuscade pour gagner cette commune en 2014. "Luc Jousse est fragilisé par les affaires, Roquebrune-sur-Argens fait partie des villes gagnables dans le Var, comme Six-Fours-les-Plages", a dit à Mediapart Frédéric Boccaletti, le secrétaire départemental du FN.

D. N.