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Les centristes ne digèrent pas le remaniement gouvernemental

La nouvelle équipe de François Fillon, annoncée le 14 novembre. Deux semaines après le choc du remaniement gouvernemental, les centristes de la majorité n'ont toujours pas accepté leur perte d'influence et multiplient les signes de mécontentement. /Photo

La nouvelle équipe de François Fillon, annoncée le 14 novembre. Deux semaines après le choc du remaniement gouvernemental, les centristes de la majorité n'ont toujours pas accepté leur perte d'influence et multiplient les signes de mécontentement. /Photo - -

par Emile Picy PARIS (Reuters) - Deux semaines après le choc du remaniement gouvernemental, les centristes de la majorité n'ont toujours pas accepté...

par Emile Picy

PARIS (Reuters) - Deux semaines après le choc du remaniement gouvernemental, les centristes de la majorité n'ont toujours pas accepté leur perte d'influence et multiplient les signes de mécontentement.

La nouvelle équipe de François Fillon, annoncée le 14 novembre et marquée par le retour en force des ex-RPR, a réduit la présence des centristes à la portion congrue avec les départs de Jean-Louis Borloo, président du Parti radical et candidat malheureux à Matignon, et d'Hervé Morin, le président du Nouveau Centre.

Les dirigeants des divers courants centristes, à l'intérieur ou à l'extérieur de l'UMP, alignent depuis les déclarations critiques envers le parti majoritaire, accusé d'hégémonisme, et plus particulièrement de son noyau issu du RPR.

"Les caves se rebiffent", dit sur un ton goguenard un député PS, cinéphile averti, en se référant au titre d'un classique du cinéma français des années 60 avec Jean Gabin et Bernard Blier.

Dès le lendemain de l'annonce du nouveau gouvernement, Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ont chacun réuni leurs troupes afin de tirer les conséquences de la nouvelle donne.

Le remaniement aura eu pour effet collatéral de ranimer les sensibilités qui avaient conduit en 2002 à la naissance de l'UMP et qui avaient été quelque peu étouffées.

Les gaullistes du RPR, les centristes de l'UDF, les radicaux et les libéraux de Démocratie libérale (DL) avaient alors été forcés de cohabiter au sein de la nouvelle formation.

Le clivage a été particulièrement net mardi pour l'élection du nouveau président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Le chiraquien et ex-RPR Christian Jacob l'a nettement emporté face à Jean Leonetti, pourtant premier vice-président sortant mais membre du Parti radical.

Dernier acte de rébellion, celui du sénateur Jean Arthuis, président de l'Alliance centriste, qui a voté jeudi contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2011.

"J'ai conscience que c'est un acte grave", a dit le président de la commission des Finances de la haute assemblée avant de dénoncer "la fuite dans la dette publique" et de plaider pour "une remise en ordre dans nos finances publiques".

INVESTITURES POUR 2012

Le très pondéré président du groupe centriste du Sénat, Nicolas About, tout en apportant jeudi son soutien au gouvernement de François Fillon, a toutefois insisté sur la nécessité pour ses amis "de préserver leur liberté de jugement".

Même tonalité chez son homologue de l'Assemblée, François Sauvadet, qui a dit au chef du gouvernement "qu'il n'y a pas de succès possible pour un pays hors du rassemblement et pas de rassemblement possible sans considérer que la diversité est une chance pour construire l'avenir".

Autre signe de mécontentement, la décision mercredi de Jean-Louis Borloo de quitter la vice-présidence de l'UMP. Le même jour, l'ancien numéro deux du gouvernement déjeunait avec Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche (PRG).

"Des initiatives communes dans les semaines qui viennent devraient être prises", a annoncé le PRG.

Hervé Morin a lui aussi réaffirmé sa volonté de consolider les groupes centristes des deux assemblées et n'exclut pas d'être candidat à l'élection présidentielle de 2012.

Même l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, pourtant l'un des artisans de la création de l'UMP, a exprimé sa mauvaise humeur. Le sénateur UMP, issu des rangs de Démocratie Libérale, a décidé de créer son propre courant au sein du groupe UMP de la haute assemblée.

Le 14 décembre, à l'issue du délai légal d'un mois, les anciens ministres centristes vont retrouver pour la plupart leur siège de député ou de sénateur. Jean-Louis Borloo va-t-il créer un groupe rassemblant les centristes de l'UMP ?.

Pierre Méhaignerie (ex-UDF), l'un des fondateurs de l'UMP, se montre prudent. "Nous avons un contrat de cinq ans (avec Nicolas Sarkozy), on respecte le contrat. Simplement, dans ce contrat il y avait des courants qui devaient s'exprimer, ils ne se sont pas exprimés, ils doivent s'exprimer", affirme-t-il.

L'élection présidentielle et les législatives qui suivront sont prévues pour le printemps 2012. Les députés centristes, qu'ils soient à l'intérieur ou à l'extérieur de l'UMP, savent que l'investiture attribuée par l'UMP est décisive pour avoir des chances d'être réélu.

Edité par Patrick Vignal