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Le remaniement ? La non-annonce d’un non-événement

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Les propos de François Hollande dans Paris Match relancent les conjectures sur la perspective d’un changement de gouvernement. Mais que dit-il vraiment ?

François Hollande est trop habile pour qu’on soupçonne un loupé : s’il parle de remaniement, ce n’est pas que le mot lui a échappé. L’article a été relu et approuvé par l’Elysée – et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas mal intentionné… Donc le message est bien que François Hollande réfléchit à un remaniement. Mais il le dit à sa façon, contournée, emberlificotée : « Un jour, des choix et des aménagements auront à être faits ; mais j’ai besoin de tous. » Essayez de comprendre ! Comme rien ne se passera avant le budget 2013, c’est-à-dire le mois prochain, ce n’est pas une annonce mais une non-annonce.

Beaucoup de commentateurs suggèrent qu’il a voulu mettre ses ministres sous pression : leur lancer un avertissement pour arrêter les couacs. Ça vous semble crédible ?

C’est surtout inutile. Le gouvernement n’est pas en difficulté parce qu’il est impopulaire – c’est le contraire ! Ce n’est pas le niveau des sondages qui est en cause mais le niveau des ministres. Les sermonner ne va pas servir à grand-chose. C’est pourquoi François Hollande sera obligé de remanier un jour ou l’autre. Son problème, c’est de trouver de nouveaux ministres compétents – s’il y en avait tant que cela au PS et chez ses alliés, on l’aurait déjà vu ! Or s’il ne change que quelques têtes, ça ne suffira pas à solidifier l’ensemble ; et s’il remanie en profondeur, ça posera la question du 1er ministre : on se demandera pourquoi il ne change pas carrément de gouvernement.

On évoque régulièrement l’hypothèse d’un gouvernement « resserré », avec beaucoup moins de ministres. Est-ce que ça apporterait quelque chose à François Hollande ?

On en parlait déjà avant la formation de ce gouvernement et ce n’est pas ce qu'il s’est passé. La vraie question est celle de l’utilité des ministres. Qui peut dire à quoi servent réellement les ministres de la Recherche (Geneviève. Fioraso) et de l’Outremer (Victorin Lurel) ? Qui connait la fonction de Georges-Paul Langevin (Réussite éducative), Anne-Marie Escoffier (Décentralisation), François Lamy (Ville) ou Hélène Conway (Français de l’étranger) – des ministres délégués qui ressemblent plus à des délégués qu’à des ministres… Même pas des illustres inconnus : des inconnus qui ont du mal à s’illustrer. François Hollande ne perdrait rien à se passer de leurs services… mais il ne gagnerait rien non plus. Ce serait un non-événement.

Il reste le problème spécifique de Bercy, où règne une cacophonie permanente. Est-ce que 7 ministres, ce n’est pas beaucoup trop ?

C’est le vrai problème de François Hollande aujourd’hui. Sur 7, il y en a au moins trois qui ne servent pas à grand-chose (on ne les citera pas) et deux qui sont en rivalité ouverte. La difficulté, c’est que Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg incarnent des lignes politiques nettement divergentes et que François Hollande ne veut pas trancher entre les deux. Et comme en plus, Jean-Marc Ayrault n’a jamais été capable de s’imposer ni à l’un ni à l’autre, l’abcès n’a fait qu’empirer. C’est aussi le fait de ne pas savoir manier les hommes qui oblige parfois à remanier les gouvernements.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce jeudi 9 mai.

Hervé Gattegno