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Le PS ne mérite pas non plus le AAA démocratique

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L’attention s’est focalisée depuis dimanche sur l’UMP, où l’élection de Jean-François Copé continue de faire des vagues. On en profite pour observer l’autre grand parti, avec un regard non moins critique.

François Hollande peu dire merci à l’UMP de focaliser à ce point l’attention. Pendant que les regards étaient fixés sur le psychodrame de la droite, il a discrètement achevé, ce week-end, le nouvel organigramme du PS. C’est le dernier stade d’un processus qui n’a pas non plus brillé par sa vigueur démocratique – et que l’Elysée a piloté de A à Z, quoi qu’en ait dit François Hollande. Après le verrouillage de la ligne politique au congrès, puis la désignation de Harlem Désir (qui n’a eu d’élection que le nom), voilà le cadenassage des instances dirigeantes. La « présidence normale » appliquée au PS, ça donne quoi ? La normalisation.

Est-ce que ce n’est pas un grand classique de la Vè République, que le parti du président fasse preuve d’une certaine soumission ?

Bien sûr. Simplement, ça ne dispose pas spécialement les socialistes à ricaner des procédés (certes douteux) qui ont cours à l’UMP. Ce que veut François Hollande, c’est contrôler l’appareil pour éviter toute contestation de ses choix politiques au sein du PS. On passe de la logique majoritaire à une logique utilitaire. Ses fidèles (et ceux de Manuel Valls et de Vincent Peillon), occupent les fonctions stratégiques. L’aile gauche du parti (13% au congrès) est écartée de la direction – Copé n’en fera pas autant à l’UMP. Et l’ex-attachée de presse de François Hollande est bombardée porte-parole du PS. Ni Mitterrand ni Sarkozy n’avaient osé !

Est-ce que ça suffira à faire taire les critiques à l’intérieur du PS ? Sur l’objectif des 3% de déficit, sur le cumul des mandats, on a déjà entendu des protestations…

Il y a des réticences, des résistances même. Sur trois fronts : l’aile gauche peste contre le rapport Gallois et le virage social-libéral ; les sénateurs PS sont en rébellion contre le projet d’interdiction du cumul des mandats ; les grands élus de province veulent résister aux économies que le gouvernement leur impose pour réduire les déficits – François Hollande leur a lâché du lest mardi sur la réforme des rythmes scolaires, qui sera étalée pour coûter moins cher aux communes. Ce n’est pas la « fracture politique et morale » que dénonce François Fillon à l’UMP, mais pas la douce harmonie non plus.

En tout cas, si on ajoute les tensions répétées avec les Verts et le Front de gauche, tout cela ne fait pas une majorité très unie…

Certes non ; mais François Hollande a prévenu, dans sa conférence de presse de la semaine dernière, qu’il pourrait se passer d’alliés pour gouverner. Ce n’est pas tout à fait vrai parce que le PS n’a pas, à lui seul, la majorité au Sénat (on l’a vu plusieurs fois ces derniers jours). Et ça ne veut pas dire que, à l’avenir, il ne réfléchira pas à des accords avec les centristes. Mais ça ne fait que renforcer sa volonté de contrôler le PS. Martine Aubry a laissé un parti à peu près en ordre. François Hollande aimerait mieux un parti aux ordres.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 21 novembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno