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Le projet de loi sur l'immigration et l'asile fracture la majorité

De nombreux députés de La République en marche expriment leur inquiétude face à ce projet de loi dont la ligne s'annonce très sécuritaire. Le ministre de l'Intérieur et le chef de file des députés de la majorité ont entamé une opération déminage pour tenter de les rassurer.

Deux anecdotes. Il suffit de se référer à deux anecdotes récentes pour comprendre à quel point le projet de loi sur l'immigration et l'asile préparé par le gouvernement divise jusqu'au sein de la majorité. La dernière date de ce mardi. Sur BFMTV, le député et vice-président du FN, Louis Aliot, s'est retrouvé à défendre le gouvernement. Indirectement, certes, mais assez pour que son discours contraste avec le flot des critiques habituellement émises par le Front national à l'égard d'Emmanuel Macron et de sa politique. Dans un communiqué publié lundi, le parti d'extrême droite s'est félicité du texte présenté à l'Assemblée au mois de mars prochain. 

La deuxième anecdote, rapportée par le JDD, remonte à jeudi. Une proposition de loi s'inscrivant dans la ligne de fermeté du ministère été votée ce jour-là à l'Assemblée. Désormais, les migrants entrés en Europe par un autre pays que la France pourront d'office être placés en rétention à leur arrivée dans l'Hexagone, parce qu'ils sont censés faire leur demande d'asile dans le premier pays de l'espace européen où ils se sont présentés. Mais pour porter cette proposition, Matignon a fait appel au groupe des Constructifs, ces députés de droite prêts à travailler avec Emmanuel Macron. Tout cela pour éviter au groupe LaREM dirigé par Richard Ferrand de porter une telle proposition. "En termes de symbole, ça n'aurait pas été terrible", concède un député interrogé par le JDD.

Car le le texte préparé par Beauvau, pour lequel des arbitrages doivent encore être rendus, est jugé trop sécuritaire et trop dur par les défenseurs d'une ligne humaniste du camp macroniste.

Ferrand conseille "silence et travail" aux députés

Dans les rangs de la majorité, de nombreux députés expriment leur inquiétude. Lors de leur réunion hebdomadaire ce mardi, Richard Ferrand les a enjoints à ne pas "tomber dans le piège" de la polémique. "Silence et travail", a-t-il préconisé à huis clos. Gérard Collomb, viendra "autant de temps" que nécessaire devant le groupe pour faire "une pédagogie rigoureuse", a-t-il aussi assuré. A moins qu'il ne soit déjà trop tard.

"Le gouvernement serait bien avisé de revoir sa position dans un sens plus humanitaire", alerte le député des Hautes-Alpes Joël Giraud, cité par Le Figaro.

Au cours de cette réunion mardi, il a évoqué le cas de migrants traversant la frontière et se retrouvant avec "les extrémités gelées", qui sont conduits "en Italie plutôt qu'en France" pour se faire soigner. Une "cordée solidaire" a lieu dimanche dans son département en soutien aux migrants. "Sur le sujet de l'asile, il faudra trouver la ligne de crête, ne pas être clivant, toujours garder à l'esprit ce qu'a dit Emmanuel Macron en 2016: les réfugiés sont des héros", prévient aussi le député de Paris Pierre Person. 

Mardi à l'Assemblée nationale, la députée LaREM de la Manche Sonia Krimi s'est publiquement émue que les "centres de rétention deviennent des centres de détention (...) Tout les étrangers en France ne sont pas des terroristes". Une dissonance suffisamment rare dans les rangs majoritaires pour être soulignée.

Rencontres avec Collomb

Désormais, l'objectif est d'arriver à trouver un consensus au cours des mois qui viendront. Un groupe de travail a d'ailleurs été constitué cette semaine par des députés de La République en marche, réunissant notamment des membres de la commission des lois. 

"Les orientations gouvernementales publiées dans la presse ne sont que des bases de travail dont les parlementaires vont rapidement se saisir pour réfléchir et débattre, en intégrant a minima une concertation avec le secteur associatif", explique la présidente de la commission des affaires sociales, Brigitte Bourguignon, dans Le Figaro.

Outre Richard Ferrand, qui a entamé un travail de déminage au sein de son groupe parlementaire, le ministre de l'Intérieur prend lui aussi le risque de fracture au sérieux. Comme le rapporte le JDD, il reçoit depuis quelques semaines les élus de la majorité en petits groupes pour tenter de les convaincre et de faire baisser la tension. Mais le travail de pédagogie devrait durer encore des semaines. Ce mardi, lors de la réunion à huis clos, Richard Ferrand a indiqué que le prochain rendez-vous du groupe LaREM serait entièrement consacré à la question de l'immigration et de l'asile, "en présence des ministres concernés". 

Charlie Vandekerkhove avec AFP