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En France, un tiers des demandeurs d'asile sont des femmes

Une femme d'une famille Kosovare, réfugiée et demandeuse d'asile étend le linge, en 2009 en banlieue d'Angers, dans le jardin du pavillon qu'ils squattent faute de pouvoir bénéficier de places d'hébergement

Une femme d'une famille Kosovare, réfugiée et demandeuse d'asile étend le linge, en 2009 en banlieue d'Angers, dans le jardin du pavillon qu'ils squattent faute de pouvoir bénéficier de places d'hébergement - Frank Perry-AFP

Alors que se tient ce lundi la Journée internationale des migrants, le Haut Conseil à l'égalité publie un rapport sur l'accueil des femmes demandeuses d'asile en France. Il pointe des lacunes qui les exposent à des violences.

Un peu plus de trois demandeurs sur dix sont des demandeuses d'asile. Le Haut Conseil à l'égalité (HCE) remet ce lundi, en cette Journée internationale des migrants, à Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l'Intérieur, un rapport sur la situation des femmes demandeuses d'asile que BFMTV.com a pu consulter.

21.079 femmes ont déposé une première demande d'asile

"Il y a une conviction dans l'opinion publique selon laquelle le phénomène migratoire est masculin. C'est faux", rectifie pour BFMTV.com Maxime Forest, président de la commission droits des femmes et enjeux internationaux et européens du HCE.

Il révèle qu'en 2016, quelque 21.079 femmes ont déposé une première demande d'asile, contre 63.935 hommes, représentant ainsi 33% des personnes qui font cette requête pour la première fois, selon des chiffres de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). La France apparaît ainsi comme le troisième pays européen en terme de demandes d'asile, après l'Allemagne et l'Italie.

Un chiffre en légère baisse par rapport aux 33,5% de demandeuses d'asile en 2015 et aux 36,4% en 2014, mais stable. Durant les deux décennies précédentes, les femmes représentaient en moyenne 33,4% des personnes étrangères demandant l'asile à la France. Lorsque ces dernières obtiennent finalement le statut, elles représentent 36% des réfugiés.

En moyenne 32 ans, près de la moitié viennent d'Afrique

D'où viennent-elles? Quelque 40% de ces demandeuses d'asile sont originaires d'Afrique, 24% du continent européen, 23% d'Asie - en incluant le Proche et le Moyen-Orient - et 13% du continent américain. Sans surprise, les taux les plus élevés de protection accordée par l'Ofpra concernent les pays en guerre ou crise comme la Syrie (97,4%), le Burundi (95,1%), l'Afghanistan (92,5%) et l'Irak (91,7%).

Qui sont-elles? Ces demandeuses d'asile ont en moyenne un peu plus de 32 ans. La moitié d'entre elles sont isolées: elles se disent célibataires ou en situation de rupture familiale. Parmi les principaux motifs de demande d'asile: les violences domestiques invoquées par celles originaires d'Albanie, du Kosovo et du Nord-Caucase; la traite des êtres humains pour celles venant du Nigeria ou du Cameroun; les mariages forcés et mutilations sexuelles pour celles d'Afrique de l'Ouest; et les violences sexuelles pour toutes celles arrivant de pays en crise. 

"Elles sont exposées à des violences en France"

Le HCE tire la sonnette d'alarme. "La situation actuelle des femmes migrantes isolées, avec ou sans enfants, est, dans la grande majorité des cas, encore plus difficile que celle des demandeuses d'asile", pointe-t-il dans son rapport. Maxime Forest va même plus loin.

"Ces femmes sont exposées à des violences spécifiques dans leurs pays d'origine, et c'est pour cela qu'elles les fuient. Elles sont ensuite exposées à des violences sur leur route migratoire et pire encore, dans une certaine mesure, en France."

Une situation inacceptable, dénonce Maxime Forest, également enseignant-chercheur à Sciences Po Paris. "La France est la sixième puissance mondiale, nous avons la responsabilité d'assurer la protection des personnes qui sont sur notre territoire. On n'est pas à la hauteur." Il dénonce des "ratés" dans l'accueil de ces femmes migrantes.

"Il y a des inégalités de traitement et des situations d'exception qui sont à la limite du non droit et cela touche plus particulièrement les personnes vulnérables, comme les femmes. Même en Cada (centre d'accueil de demandeurs d'asile, ndlr), il y a des risques pour ces femmes de de traite, de mise sous tutelle, d'exploitation sexuelle ou par le travail, les cas sont fréquents", s'indigne Maxime Forest.

Aucun dispositif de mise à l'abri

Le HCE formule ainsi une dizaine de recommandations afin d'améliorer leur prise en charge. Il estime que les délais d'enregistrement sont trop longs. En principe, la loi fixe à trois jours, voire dix en cas de forte affluence, le délai d'enregistrement des demandeurs d'asile. Un délai qui a parfois pu atteindre six semaines. Il recommande également de former les personnels de l'administration afin de détecter les situations à risque.

Le Haut Conseil estime par ailleurs qu'il n'y a pas suffisamment de places d'hébergement. Il regrette également qu'à Paris un accueil soit aménagé pour les familles avec enfants mais non pour les femmes isolées. Certaines d'entre elles sont ainsi contraintes "de se cacher pour dormir dans la rue ou les parcs, ou de solliciter un 'protecteur', jusqu'à l'accès au rendez-vous de pré-inscription". 

"Faute d'hébergement dédié ces femmes isolées et fragilisées, dont des mineures, ne bénéficient d'aucun dispositif de mise à l'abri. Il y a des initiatives mais souvent anecdotiques, poursuit Maxime Forest. Les vulnérabilités devraient être davantage détectées, dès le premier filtre, afin de repérer les personnes traumatisées ou sous la menace et de les en extraire."

Céline Hussonnois-Alaya