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Le patrimoine des ministres, on s’en fout !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Première conséquence effective de l’affaire Cahuzac, le gouvernement publie aujourd’hui sur Internet les déclarations de patrimoine des ministres. Visiblement, cette mesure ne vous paraît pas décisive.

Répétons-le : l’affaire Cahuzac est la faute (fiscale, pénale et morale) d’un homme. Il est vrai qu’elle sème le doute sur la sincérité et la probité des politiques. Mais la publication de leur patrimoine ne répond à aucune des deux questions. Ni surtout à une troisième, qu’on oublie de poser ces temps-ci : la compétence. Une démocratie a besoin que ses dirigeants soient capables et honnêtes, pas transparents. Les élus et les ministres nous doivent des comptes sur leur action, pas sur le nombre d’actions qu’ils ont sur leurs comptes…

Pourtant, un sondage publié par le JDD indique que 63% des Français approuvent la publication du patrimoine des élus. Est-ce que cette transparence ne va pas dans le sens de la démocratie ?

Il ne faut pas confondre publicité et transparence. Les déclarations de patrimoine existaient déjà mais elles étaient confiées à une commission qui n’avait pas les moyens de les vérifier. Sauf à considérer qu’avec cet étalage, on mise sur la délation généralisée – ce qui serait très malsain – il reste à préciser comment le contrôle va s’effectuer. Et qui va le faire – et quand. Le principe actuel, c’est de comparer les biens à la fin du mandat avec ceux qui ont été déclarés au début. Donc l’élu qui piquerait dans la caisse mais qui dépenserait tout, en vacances ou au jeu, serait irréprochable puisqu’il ne se serait pas enrichi. On voit bien que c’est inefficace et absurde.

Que répondez-vous à l’argument selon lequel c’est un système qui existe dans la plupart des grandes démocraties, y compris en Europe ?

C’est une question de culture démocratique. Le système français est loin d’être parfait mais il forme un tout : il est imprégné de bonapartisme, c’est celui qui permet la plus grande concentration des pouvoirs et aussi celui qui compte le plus grand nombre d’élus – 600 000 ! Si on exige la transparence des ministres et des parlementaires, il faut aussi celle des présidents de régions et de départements, celle des maires – et pas seulement dans les grandes villes, car la corruption dépend des pouvoirs qu’on exerce, pas de la taille de la collectivité. Tout cela peut évidemment être amélioré mais les mesures annoncées sacrifient davantage à la démagogie qu’elles ne contribuent à la démocratie

Il est aussi question d’une loi pour interdire aux parlementaires d’exercer certaines professions. Est-ce que cette mesure-là va dans le bon sens ?

Contre les conflits d’intérêts, un peu de transparence serait utile. Par exemple, il est absurde d’interdire à un député d’être avocat mais on pourrait exiger qu’il donne la liste de ses clients à la commission de contrôle. Si les élus n’ont pas le droit d’avoir un métier, on n’aura que des politiques professionnels, des retraités et des fonctionnaires et ce ne sera pas un progrès… A force d’exiger des élus qu’ils n’aient pas qu’un seul mandat, pas de métier et qu’en plus ils pratiquent le striptease patrimonial, on finira pas avoir des politiques si médiocres qu’en effet, on pourra dire d’eux qu’ils sont… transparents.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 15 mars.

Hervé Gattegno