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Le blues de François Bayrou

François Bayrou

François Bayrou - LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Alors que le MoDem tient ses universités d'été ce week-end dans le Morbihan, François Bayrou et son parti semblent traverser une période troublée dans leurs relations avec Emmanuel Macron.

Le gouvernement n'abandonne pas son partenaire du MoDem au moment où celui-ci organise ses universités d'été ce week-end à Guidel, dans le Morbihan. Les ministres Jean-Michel Blanquer, à l'Education nationale, Jean-Yves Le Drian, à la Défense, et Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, seront présents. Pourtant, François Bayrou, éphémère ministre de la Justice au début du mandat, fonction qu'il a dû quitter en raison de l'affaire autour des assistants de députés européens, a de quoi traîner son spleen.

"Pas d'état d'âme" mais quand même 

Au centre de ses doutes, davantage que l'affaire Benalla lors de laquelle il a soutenu Emmanuel Macron, on trouve différentes nominations polémiques décidées dernièrement par l'exécutif et la place dévolue au MoDem au sein de la majorité. "La fonction présidentielle impose d’avoir d’autres horizons que cela. L’exercice est plus exigeant que ces facilités ", a-t-il glissé au journal L'Opinion qui s'est penché sur ce que l'intéressé refuse de considérer comme ses "états d'âme". 

Les ponts entre lui et Emmanuel Macron, qu'il a grandement aidé dans sa conquête du pouvoir en le rejoignant durant la campagne présidentielle, ne sont cependant pas coupés. Le maire de Pau échange encore avec le chef de l'Etat plusieurs fois par semaine, et rencontre régulièrement les cadors de l'exécutif, d'Emmanuel Macron à Christophe Castaner en passant par Edouard Philippe, en petit comité. 

L'infanticide et le parricide 

Pour autant, la proximité entre la figure historique du centre et le président de la République "central" n'est plus ce qu'elle était, loin de là. Le 26 juillet dernier, lors d'un déplacement d'Emmanuel Macron du côté des Hautes-Pyrénées et du Pic du Midi, le chef de l'Etat a rendu hommage à la présidente du Conseil régional Carole Delga, pas à François Bayrou. Ensuite, au moment de se restaurer, François Bayrou a découvert qu'il n'avait pas son rond de serviette à la table présidentielle. Il a préféré s'en retourner. La raison du maintien d'un lien entre les deux hommes malgré tout pourrait bien être sentimentale selon un proche du patron du MoDem, cité par le quotidien libéral: "Macron, c’est un peu son enfant. Or il est beaucoup plus difficile de commettre un infanticide qu’un parricide..."

Par ailleurs, les arbitrages politiques du président de la République ne vont pas forcément dans le sens de son allié. "Nous dialoguons en confiance. Comme il est normal, le Président mûrit ensuite sa réflexion et ses décisions. Et s’il y a des nuances, c’est la vie", philosophe François Bayrou. Ce dernier a également refusé de prendre la tête de la liste de la majorité aux Européennes, leadership qui pourrait bien échoir à son vieil ennemi Daniel Cohn-Bendit. 

La colère couve au MoDem 

Et le mal-être n'est pas propre à François Bayrou de ce côté de l'échiquier politique. Il y a dix jours dans Le Figaro, le député MoDem élu dans les Hauts-de-Seine, Jean-Louis Bourlanges, estimait, après l'élection au Perchoir de Richard Ferrand par les seuls représentants de "La République en marche": "Notre parti n'est même pas un partenaire de second ordre: il n'est pas un partenaire tout court. C'est une réalité assez claire, et depuis longtemps." Et ses consœurs au gouvernement, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Défense, et Jacqueline Gourault, auprès du ministre de l'Intérieur, dans tout ça? "Elles sont des sous-ministres sans portefeuille." "Le problème du MoDem c'est d'être trop gentil", appuyait Jean-Louis Bourlanges. 

Le coup de blues du chef annonce peut-être le coup de gueule de sa formation politique. 

Robin Verner