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Le baromètre des éditorialistes - Un "sentiment de gâchis" après la marche blanche

Alors que des milliers de personnes ont défilé ce mercredi à Paris en mémoire de Mireille Knoll et contre l'antisémitisme, de nombreuses personnalités politiques se sont jointes à cette marche blanche. Dès leur arrivée, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont été accueillis sous les huées. Nos éditorialistes ont parlé d'un "gâchis".

Ce mercredi en début de soirée, des milliers de Français ont participé à une marche blanche à Paris, entre la place de la Nation et l'avenue Philippe-Auguste, adresse de l'immeuble où Mireille Knoll a été assassinée vendredi dernier. Le cortège avait été organisé en son hommage, et au nom du refus de l'antisémitisme. Or, la situation s'est tendue d'entrée.

Des huées ont accompagné les arrivées respectives de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Les deux leaders politiques ont rejoint le défilé malgré l'opposition du président du Conseil représentatif des institutions juives de France mais conformément à la volonté de Daniel Knoll, le fils de la victime, qui avait précisé que la marche était ouverte à tous.

Des manifestants ont exprimé leur colère face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier a d'ailleurs quitté le cortège tout en faisant passer le message suivant: "Que chaque juif sache qu’il est sous la protection de la totalité de la communauté nationale". Sur notre antenne, nos éditorialistes ont déploré ces tensions politiques qui ont terni ce moment de recueillement, avant comme pendant le rassemblement. 

>Thierry Arnaud: "On a le sentiment que la marche a été détournée de son objet"

"Mon sentiment est que les responsabilités sont sans doute partagées. On entend les sentiments du Crif vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise, vis-à-vis du Front national et de Marine Le Pen, ce sont des sentiments et des arguments qui ne sont pas nouveaux. Ce qui est dommage, c’est qu’on a ce soir un peu un sentiment de gâchis parce qu’on a l'impression que cette marche est devenue d’une certaine manière 'le Crif contre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen', alors que cette marche blanche ce soir aurait dû être celle de la France contre l’antisémitisme. De ce point de vue, on a le sentiment que cette marche a été détournée de son objet."

>Ruth Elkrief: "Le Crif est sorti de son rôle"

"C’est un sentiment de tristesse, de gâchis lorsqu’on voit que la marche a été confisquée en quelque sorte en images par les deux pôles que sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon ayant eu des mots très dignes à la sortie de cette manifestation. Mais leurs ambiguïtés à l’un et à l’autre existent et ne sont pas effacées parce qu’ils ont participé à cette manifestation. Par ailleurs, il y a vraiment une faute de ne pas avoir dit d’abord que cette manifestation s’adressait à tous les Français et que la rue appartient aux Français. (…) La colère d’un certain nombre de manifestants, je ne la justifie et ne la comprends pas, mais je pense qu’il y a un sentiment de solitude et de colère qui s’est exprimé là parce qu’il y a eu beaucoup d’actes qui ont été commis face à un silence, une incompréhension et un refus. Mais il me semble que le Crif en l’occurrence est sorti totalement de son rôle et a fauté dans cette situation."

Sous les fenêtres de Mireille Knoll, avenue Philippe-Auguste, des milliers de marcheurs ont quant à eux entonné La Marseillaise saluant, loin des polémiques politiques, la mémoire de l'octogénaire et de toutes les victimes de l'antisémitisme. 

Robin Verner