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Le baromètre des éditorialistes - "Le débat a cassé tous les codes de la politique"

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Les éditorialistes de BFMTV analysent le débat qui opposait mardi soir les onze candidats à la présidentielle sur BFMTV et CNews.
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> Laurent Neumann: "Ce qui s’est passé a cassé tous les codes de la politique"

"C’était un moment de démocratie exceptionnel. Ils ont cassé tous les codes, heureusement que ce débat a eu lieu. Le moment de vérité de Philippe Poutou avec Marine Le Pen a été formidable. Après le débat, on a dit que Jean-Luc Mélenchon avait été meilleur que les autres. Sans doute, parce qu’il a parlé calmement, il a pris un peu de hauteur. Ce qui m’a marqué surtout, c’est combien Marine Le Pen a été mise en difficulté, sur des terrains totalement différents: par Jean-Luc Mélenchon sur la religion, par les 'petits candidats', mais je crois qu’on va arrêter de les appeler comme ça, sur le terrain du social, c’est la première fois qu’elle est mise en difficulté sur ce terrain-là. Et même par plus souverainiste qu’elle sur l’Europe. Ce qui s’est passé mardi soir a cassé tous les codes de la politique, de la démocratie. Il y avait de la sincérité, on a entendu des interpellations avec les mots de la vérité. Beaucoup de candidats utilisaient des mots qu’on utilise tous, tous les jours. Ce qu’il y a de nouveau est fondamental: le débat à cinq, où l' on met de côté six candidats, c’est fini. On ne pourra plus faire de la politique à la télévision comme on le faisait avant ce débat. Ça ne changera pas le résultat de l’élection présidentielle, mais vous verrez, les favoris vont mécaniquement baisser, car les petits ont marqué des points. L’incertitude c’est Benoît Hamon, qui n’avait pas été très bon au premier débat. Il a été plutôt bon mardi, on verra si ça changera quelque chose."

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> Christophe Barbier: "On était un peu dans un leurre"

"Le débat de mardi était tellement complexe que les téléspectateurs ont peut-être gardé leur impression d’avant-débat. On avait l’idée d’un Jean-Luc Mélenchon qui avait plutôt le vent en poupe et d’un Emmanuel Macron stable mais fragilisé, et on a plaqué cette idée sur un débat qui ne nous a pas dit le contraire. Le débat a pu confirmer des positions, ça a été le débat des petits candidats, ce sont eux qui ont pu briller. Mais je ne pense pas que cela corresponde à une véritable victoire de Jean-Luc Mélenchon: sur les petites phrases il s’est fait déborder par Philippe Poutou, sur la défense des prolétaires, de même, il avait de la concurrence à sa gauche. Et sur l’anti-Europe, il était largement concurrencé par les souverainistes de tous poils. Il s’est retrouvé un peu centriste finalement, et ce n’est pas forcément sa meilleure solution. Je ne crois pas qu’on ait cassé les codes. Les gros candidats ont fait le dos rond et on les retrouvera dans les principales places. Ce n’est pas parce que Philippe Poutou a fait un peu le cirque en refusant de poser pour la photo de famille et en attaquant François Fillon… Il fallait le faire en effet (…). Mais ça ne sert pas à grand-chose pour le résultat final, pour le mouvement des lignes du paysage politique français. Je ferais peut-être une exception pour Nicolas Dupont-Aignan qui a posé le débat sur les travailleurs détachés, sinon je crois qu’on était un peu dans un leurre."

C.V.