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Affaire Fillon: de droite à gauche, les "pressions" évoquées par une magistrate provoquent un tollé

L'ancienne cheffe du parquet national financier a déclaré le 10 juin à l'Assemblée nationale avoir subi des "pressions" de sa hiérarchie lors de l'enquête visant les époux Fillon au sujet de soupçons d'emplois fictifs.

Les propos d'Éliane Houlette ont hérissé des politiques de tous bords. Entendue le 10 juin par la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, l'ancienne cheffe du parquet national financier a déclaré à l'égard de l'enquête sur des soupçons d'emplois fictifs liés à François et Penelope Fillon avoir subi des "pressions" de la part de sa hiérarchie.

"Le plus difficile (...) a été de gérer en même temps la pression des journalistes - mais ça on peut s'en dégager - (...) et surtout la pression du parquet général", a déclaré l'ex-procureure, partie à la retraite en juin 2019.

Quelques mots qui ont mis le feu aux poudres, depuis leur révélation par un article du Point mercredi, et qui ont fait réagir d'un bout à l'autre du spectre politique.

"Arrières-pensées politiques"

"Le parquet national financier était devenu un bras armé politique pour assassiner politiquement notre candidat", s'est offusquée ce vendredi la députée européenne Les Républicains (LR) Nadine Morano, invitée de notre antenne. Sur LCI, son homologue député européen Brice Hortefeux a lui estimé qu'il y avait "des arrière-pensées qui étaient des arrière-pensées très politiques" dans le cadre de l'enquête visant les époux Fillon, qualifiant les déclarations d'Éliane Houlette de "stupéfiantes".

Dans le même registre, le député LR Éric Woerth a dénoncé sur Sud Radio un "calendrier". "Il y a eu un calendrier et accélérer le calendrier, c'était, au fond, transformer peut-être les conditions de cette élection", estimant que cela avait pour objet d'empêcher Fançois Fillon "encore plus d'être candidat à l'élection présidentielle".

Réactions à la chaîne, de Mélenchon à Le Pen

Jeudi, à l'opposé de l'échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon s'était déjà indiqué sur Twitter des propos de l'ancienne magistrate, évoquant son propre cas avec les perquisitions ordonnées à son domicile et au siège de La France insoumise (LFI).

"L'ex-chef du pôle financier avoue avoir agi sous pression dans l'affaire Fillon. Responsable? La chef du parquet qui a ordonné les perquisitions odieuses contre LFI. La vérité est en chemin", a écrit le leader insoumis.
Marine Le Pen, également visée par une enquête du parquet national financier, s'est émue sur Twitter sur le même mode que le député des Bouches-du-Rhône:

"Et dire que lorsque nous dénonçons l'instrumentalisation de la justice, certains nous traitent de complotistes... La vérité éclate et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", s'insurge la présidente du Rassemblement national.

Quid de la finalité des informations remontées?

À notre antenne ce vendredi, le président de la commission d'enquête sur les obstacles à l'indépendance du pouvoir judiciaire à l'Assemblée nationale, Ugo Bernalicis, s'est interrogé sur la finalité des informations remontées par Éliane Houlette à sa hiérarchie. Sont-elles restées cantonnées au niveau de la procureure générale ou sont-elles remontées au pouvoir politique alors en place début 2017?

"Est-ce que ces informations-là ont servi ensuite d'un point de vue politique pour influencer sur l'enquête par voie hiérarchique dans l'autre sens et est-ce que ça a permis aussi d'influencer les événements politiques en faisant sortir habilement des informations par des voies ou d'autres?", a ainsi émis le député insoumis du Nord.
Clarisse Martin Journaliste BFMTV