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La Syrie a moins besoin de nos armes que de nos armées !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L’Europe a levé l’embargo qui interdisait de livrer des armes à la rébellion syrienne contre Bachar el Assad. On ne sait pas très bien comment cette décision sera appliquée, mais elle est insuffisante.

Ce qui se passe en Syrie est déjà un désastre humanitaire et diplomatique. Il ne faut pas y ajouter un désastre moral. L’insurrection est née de la vague du Printemps arabe, elle réprimée dans le sang : on parle de 100 000 morts et il à peu près certain que Bachar el-Assad utilise des armes chimiques contre son peuple. Face à cela, même des livraisons de missiles ne suffiraient pas – ce serait une façon commode de s’impliquer sans agir. C’est l’intervention d’une force internationale qui s’impose. Non pour faire la guerre en Syrie, mais pour faire la paix.

Pour l’instant, les pays d’Europe se sont engagés à ne livrer aucun matériel avant la conférence que les Russes et les Américains veulent organiser à Genève en juin. Ce n’est pas raisonnable ?

C’est l’assurance de milliers de morts de plus – et c’est un comble de mettre en avant l’initiative russe puisque Vladimir Poutine, lui, n’a jamais cessé de livrer des armes au régime syrien. Toute la pusillanimité de l’Europe se lit dans cette position : l’embargo est levé, mais avec autant de codicilles que dans une police d’assurance où les clauses sont faites au mm pour que vous ne soyez pas remboursé… Tout est fait pour que les armes ne soient jamais livrées. C’est vrai qu’il y a des risques sur la destination de ces armes – raison de plus pour les utiliser nous-mêmes !

Il pourrait s’agir d’une intervention française, comme au Mali ? Ou une intervention sous mandat de l’ONU ? On sait bien que la Russie s’y opposerait…

Il y a au moins autant de raisons d’intervenir en Syrie qu’au Mali – et on pense surtout au précédent libyen. Il y a d’autres formules que le mandat de l’ONU. Si les grands pays européens le veulent, ils peuvent chercher le soutien de la Ligue arabe, ou intervenir au nom de l’OTAN – Obama doit prendre ses responsabilités : il a dit lui-même que l’usage d’armes chimiques était la « ligne rouge » à ne pas franchir pour Bachar. Elle semble franchie et il n’a pas bougé. L’Europe peut même durcir le ton avec la Russie, y compris devant l’ONU. On a été bien plus intransigeants avec la Grèce pour lui reprocher ses déficits !

Il y a quand-même le risque de favoriser les islamistes en aidant à la chute du régime syrien. N’est-ce pas un argument recevable ?

C’est l’argument de ceux qui ne veulent rien faire – en France, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon : ceux qui sont assez loin du pouvoir pour s’en tenir aux effets de tribune. Mais l’argument ne tient pas. C’est parce que les démocraties ne font rien que l’influence des islamistes grandit dans la rébellion syrienne – les monarchies islamiques du Golfe, elles, aident les insurgés. Or on ne peut pas abandonner ceux qui ne veulent d’aucune dictature – ni Bachar ni la Charia. Surtout, il faut comprendre que ne pas choisir entre les rebelles et le régime, c’est choisir. L’histoire montre qu’il faut parfois prendre les armes pour ne pas perdre son âme.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 29 mai.

Hervé Gattegno