BFMTV

LaREM demande à ses députés de cotiser pour le mouvement, certains s'en agacent

L'Assemblée nationale a adopté le projet de loi LOM

L'Assemblée nationale a adopté le projet de loi LOM - Lucas BARIOULET / AFP

Comme le rappelle L'Opinion, qui a révélé l'information, les adhérents du parti présidentiel ne contribuent pas à son financement. D'où la compensation demandée aux députés. Certains d'entre eux demandent à ce que les marcheurs locaux mettent la main à la poche, au moins symboliquement.

À chaque soubresaut, c'est le même refrain: "Le mouvement s'adapte, il est en construction." Pour La République en marche, il s'agit cette fois-ci de la question de son financement. Comme l'a révélé L'Opinion mercredi, ses dirigeants ont récemment fait savoir aux députés LaREM qu'ils auraient désormais à cotiser auprès du mouvement à hauteur de 150 euros par mois.

Annonçant la nouvelle en réunion de groupe le 4 juin, le délégué général du parti présidentiel, Stanislas Guerini, et son numéro deux, Pierre Person, ont déclenché une bronca. Certains parlementaires ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer la note alors que les adhérents, eux, n'ont pas à mettre la main à la poche. 

"Nous ne sommes pas des consommateurs"

Pour calmer les troupes, le duo exécutif de LaREM a prévu de baisser la contribution due par les députés à leur groupe, la faisant passer de 400 à 350 euros mensuels. Les parlementaires devront compléter la somme destinée au parti en piochant dans leurs propres deniers. Comme le veut la loi, ces 150 euros seront déductibles des impôts à hauteur de 66%, ce qui réduit la somme allouée de fait.

Le député de l'Hérault Jean-François Eliaou, qui ne s'oppose pas à une cette nouvelle cotisation en tant que telle, n'approuve pas la manière dont elle est mise en place. 

"Je l'ai redit en réunion de groupe depuis, nous ne sommes pas des consommateurs: on n'a pas à payer en fonction des difficultés du moment. Je n'ai aucun problème avec l'idée de cotiser auprès du parti, mais il n'est pas normal d'avoir ce système de vases communicants entre ce qu'on donne au groupe et ce qu'on donne à LaREM. Les deux n'ont aucun lien et ne doivent pas en avoir", peste-t-il auprès de BFMTV.com. 

D'autres s'inquiètent de cette baisse de la contribution due au groupe parlementaire, qui finance notamment le salaire des collaborateurs. Qui plus est, d'après L'Opinion, une vingtaine de députés ne sont pas à jour de cette dîme. "Si on passe de 400 à 350, ça veut dire qu'on remet en question notre équation budgétaire", prévient le député de Gironde Benoît Simian.

"On est engagé auprès de nos employés, qu'il s'agisse de nos conseillers sur les dossiers finance, éducation, environnement... Après, s'agissant du parti, il est normal qu'on participe aux charges de la vie de famille", poursuit-il. 

"Il aurait fallu le faire dès le début"

Porte-parole de LaREM, le député de la Creuse Jean-Baptiste Moreau ne comprend d'ailleurs pas la réticence de certains de ses collègues. "On a été élu avant tout grâce à un mouvement, il ne faudrait pas l'oublier", grince-t-il auprès de BFMTV.com.

Cet élu proche de l'Élysée comprend toutefois pourquoi l'annonce a suscité quelques remous: 

"Avant l'arrivée de Stanislas (Guerini) à la tête du mouvement, ça a été un peu compliqué. Disons que les choses n'avaient pas beaucoup avancé dans le processus de structuration. Il aurait fallu mettre en place ce système de financement dès le début, c'aurait été beaucoup plus accepté."

Selon un pilier du groupe, faute de prévoyance en amont de la mandature, l'événement "sert désormais de prétexte pour râler contre le fonctionnement du groupe". "Parmi les récalcitrants, il y en a qui estiment ne pas avoir été suffisamment mis en avant depuis deux ans", juge cette source.

"Laisser le ticket de la carte bleue"

Le corollaire de cet épisode, c'est bien la question plus globale du financement du jeune mouvement par ses adhérents. Désormais, certains s'interrogent sur l'idée d'obliger les marcheurs à mettre la main au pot, ne serait-ce que de manière symbolique. "À hauteur de 1 à 10 euros, pas la peine de demander davantage", glisse un élu. Benoît Simian évoque quant à lui une contribution "à mesure des facultés de chacun". "À partir du moment où vous laissez le ticket de la carte bleue, ça vous engage", ironise l'ancien socialiste.

Cette inquiétude a des ressorts plus concrets, que résume bien Jean-François Eliaou:

"Quand vous avez le fichier avec X milliers de marcheurs, et que certains d'entre eux répondent aux invitations en disant 'arrêtez de m'envoyer des mails, je ne vote plus pour Macron', il y a clairement un problème de fidélisation. La cotisation, même de un euro, elle sécuriserait le fichier. Là on n'a que des noms."

Et le député de lorgner la prochaine échéance électorale: "À l'approche des municipales, il faudra qu'on puisse compter nos troupes."

Jules Pecnard