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La réforme Peillon, cas d’école de la mauvaise foi politicienne

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, c'est tous les jours à 8h25 sur RMC.

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La semaine a été marquée par la contestation sur la réforme des rythmes scolaires, dont l’UMP exige le report – sinon le retrait. Cette nouvelle polémique est désolante.

Nous apprenons à nos enfants à ne pas dire de mensonges – et nous espérons que l’école leur enseigne un savoir précis et le goût de l’exactitude. Mais il se trouve que cette réforme, censée les concerner au premier chef, leur donne le pire exemple : personne ne dit la vérité. L’UMP pousse des grands cris mais elle défendait la même réforme en 2010 (au nom du bon sens !). Le gouvernement, lui, fait semblant d’ignorer que la réforme pose un énorme problème de financement. Et tout le monde fait comme si la priorité était la qualité de l’éducation – alors que droite et gauche ne pensent qu’aux municipales…

Mais tout le monde a l'air mécontent de cette réforme : les maires, mais aussi les parents, les enseignants

C’est vrai mais ce n’est pas d’hier qu’en France, qui veut réformer l’école se heurte aussitôt à la conjuration des égoïsmes et des corporatismes. A fortiori, quand on modifie en profondeur l’organisation du travail des écoliers, donc des enseignants. Les parents aussi détestent changer leurs habitudes (et on sait bien que s’ils sont massivement opposés à l’école le samedi, c’est pour avoir un week-end complet et pas pour que les chers petits puissent avoir des activités extrascolaires…). Pour que les nouveaux rythmes s’installent, il faut laisser la réforme aller à son rythme. En tout cas, là où elle s’applique.

C'est vrai que seules 4000 communes ont choisi d

Moins les enfants vont passer d’heures en cours, plus ça coûtera cher : il faut financer les activités périscolaires, l’encadrement. Et si le chemin de l’école (comme de l’enfer) est pavé de bonnes intentions, il faut aussi payer le transport. Or le gouvernement n’a pas mis assez d’argent dans la réforme et il se défausse sur les communes. 1. C’est une violation des règles de la décentralisation : quand l’Etat impose des charges aux collectivités, il doit leur affecter des recettes. 2. C’est l’assurance que les inégalités vont se creuser entre les villes riches et les villes pauvres. Donc c’était une riche idée qui risque d’être pauvre en améliorations.

C'est un mauvais coup de plus pour le gouvernement et pour le ministre de l'Education nationale ?

C’est un désordre de plus – et la pire entrée en matière pour les municipales : les maires PS eux-mêmes se désespèrent d’avoir à augmenter les impôts locaux pour financer la réforme. Depuis le départ, Peillon a voulu aller (trop) vite : il avait annoncé la semaine de 4,5 jours avant le premier Conseil des ministres ! Il y a eu tant de couacs depuis qu’on a oublié celui-là, mais il a été obligé ensuite de ralentir. C’est ainsi que la réforme des rythmes scolaires a débouché sur une affaire de rythme politique et d’arithmétique électorale. Au total, pour ce qui est de faire d’un bon projet une mauvaise affaire, c’est bel et bien un cas d’école.

Hervé Gattegno