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La Manif pour tous, une manif pour rien

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

La manifestation des opposants au mariage gay a réuni entre 150 000 personnes (selon la police) et 1 million (selon les organisateurs). Ses animateurs et certains dirigeants de l’UMP et du FN promettent d’abroger la loi.

Quels que soient les chiffres, il y a eu une mobilisation ; mais elle était inutile puisque le mariage gay est entré dans la loi et que, juridiquement, on ne peut plus rien y changer. Il est même déjà presque entré dans les mœurs puisque l’opinion a approuvé la réforme et souhaite que les manifestations s’arrêtent. Seule reste la question du débouché politique de cette protestation : Frigide Barjot espérait structurer un courant, elle s’est fait déborder par les extrémistes. L’UMP voulait retourner le mouvement contre la politique du gouvernement, ça n’a pas marché. Donc ce n’est pas le naufrage pour tous, mais c’est un coup pour rien.

Pour l’UMP, c’est même pire que cela parce qu’elle est apparue divisée sur ce sujet : une fois de plus, les copéistes et les fillonnistes ne sont pas d’accord…

C’est vrai mais comme souvent, on comprend mal sur quoi. Les fillonnistes ont reproché à Jean-François Copé de vouloir récupérer le mouvement en appelant à manifester et en défilant lui-même, mais ce n’était pas par modération : eux font croire qu’ils abrogeraient la loi s’ils revenaient au pouvoir (alors que tout le monde sait que c’est faux) et Laurent Wauquiez prévient ouvertement qu’il ne célèbrera pas de mariage gay par souci de… cohérence – à ce compte-là, l’élu hostile aux hausses d’impôts pourrait refuser de payer… Avec tout cela, l’UMP est de moins en moins crédible sur la défense de la famille car c’est une famille (politique) de moins en moins unie…

Revenons quand-même une seconde sur la question d’une éventuelle abrogation de la loi. Pourquoi n’aura-t-elle jamais lieu ?

Ce serait juridiquement inextricable – on se retrouverait avec un droit de la famille à plusieurs vitesses. Et politiquement impensable : les grandes lois de société ne sont jamais abrogées pour la bonne raison qu’elles servent à ancrer dans le droit des évolutions qui ont déjà eu lieu dans les faits. Malgré toutes les polémiques, les lois sur le divorce, l’avortement ou la peine de mort n’ont pas été abolies. La droite s’est opposée au Pacs (en 1999) et même à la dépénalisation de l’homosexualité (ce n’était qu’en 1981, Fillon et Chirac avaient voté contre…). Elle n’est jamais revenue en arrière – évidemment… et heureusement.

François Hollande remonte (un peu) dans les sondages. Est-ce qu’on peut parler de succès pour lui ?

Pour les sondages, il est à un niveau trop bas pour pouvoir se réjouir. Sans doute que cet épisode l’aura aidé à montrer qu’il a du caractère puisque précisément il ne s’est pas laissé impressionner par la rue. Surtout, à un moment où il a tendance, sur les sujets économiques, à s’éloigner de la ligne tracée durant sa campagne, il a honoré une promesse qui appartient au corpus symbolique de la gauche. Son électorat le créditera toujours de l’avoir fait. François Hollande a dit récemment vouloir « laisser une trace dans l’histoire ». Avec le mariage gay, il va au moins laisser une trace dans les mémoires. C’est plus modeste, mais c’est mieux que rien.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 27 mai.

Hervé Gattegno