BFMTV

La « liste noire » des métiers qui seraient interdits aux parlementaires

« Médecin et parlementaire : je ne vois pas où est le conflit d’intérêt », dit le président de l'Union Nationale des Professions Libérales.

« Médecin et parlementaire : je ne vois pas où est le conflit d’intérêt », dit le président de l'Union Nationale des Professions Libérales. - -

Médecins, avocats, journalistes, consultants… Pour moraliser la vie publique et lutter contre les conflits d'intérêts, un projet de loi veut interdire le cumul entre un mandat parlementaire et certaines activités, en particulier les professions libérales. « C’est discriminatoire et ça ne peut pas être mis en œuvre », estiment ces dernières, en colère.

Le projet de loi sur la moralisation de la vie publique, en Conseil des ministres ce mercredi, prévoit des dispositions pour lutter contre les conflits d'intérêts. Une des pistes : interdire le cumul entre un mandat parlementaire et certaines activités, en particulier les professions libérales (avocats, médecins). Le texte prévoit de dresser une sorte de « liste noire » des métiers qui seraient interdits aux parlementaires. Médecins, avocats, mais aussi journalistes ou consultants pourraient être concernés. Les professions libérales sont vent debout contre le projet, qu'elles qualifient de discriminatoire. Selon elles, interdire certains métiers aux parlementaires induirait une véritable inégalité. Le Conseil constitutionnel pourrait d'ailleurs être amené à se prononcer sur ce point, voire à censurer le projet s'il est adopté.

« On peut être un bon médecin, tout en étant parlementaire »

Michel Chassang est médecin, président de l'Union Nationale des Professions Libérales : « On ne voit pas pourquoi, parce qu’il y a eu l’affaire Cahuzac, qui certes est médecin, on mettrait l’opprobre sur l’ensemble de cette profession libérale. On peut parfaitement être un très bon médecin, un très bon avocat, continuer à plaider et continuer à soigner des gens, tout en étant parlementaire. Je ne vois pas vraiment où est le problème, où est le conflit d’intérêt. Et mettre en place une discrimination, qui exclut du Parlement une partie des professionnels, est parfaitement inacceptable, c’est discriminatoire et ça ne peut pas être mis en œuvre ».

« Il y aurait des professions pestiférées ? »

« Très en colère et très indigné », Christian Charrière-Bournazel, président du Conseil national des barreaux, ancien bâtonnier de Paris, dénonce un « projet scélérat » : « Il y aurait des professions pestiférées ? Ça n’a pas de sens. On veut une société de fonctionnaires ? De gratte-papiers qui n’auront à mon avis pas beaucoup d’utilité pour faire progresser la richesse nationale ? Cette frénésie, cette hystérie qui se manifeste aujourd’hui, fait injure et surtout méconnaît complètement la déontologie à laquelle est astreint l’avocat, qui, je le rappelle, prête serment, s’engage à respecter les principes essentiels de sa profession, parmi lesquels justement, la délicatesse, l’honnêteté, l’intégrité, etc. ».

71 députés concernés|||

La mesure concernerait 71 députés. Parmi eux, Jean-Louis Borloo, président de l'UDI et député du Nord, a pris les devants. Il a annoncé hier mardi qu'il renonçait à son activité d'avocat. Par sûr, toutefois, que ses collègues parlementaires, qui devront voter le texte, en fassent de même. A droite comme à gauche, ils sont plutôt réticents et craignent de voir, à terme, une Assemblée composée uniquement de retraités ou de fonctionnaires.

J.V. avec Amélie Rosique