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La liste gilets jaunes pour les européennes divise au sein du mouvement

Ingrid Levavasseur - Image d'illustration

Ingrid Levavasseur - Image d'illustration - AFP

Mercredi, Ingrid Levavasseur, figure des gilets jaunes, a annoncé son intention de présenter et de mener une liste issue du mouvement en vue des élections européennes. Mais l’idée d’une liste se revendiquant “gilets jaunes” est loin de faire l’unanimité.

“Voter gilets jaunes c’est voter Macron!”. Dans un communiqué de presse diffusé ce jeudi, le groupe des gilets jaunes de “la France en Colère !!!”, mené par Eric Drouet, une des figures controversée du mouvement, a fait savoir savoir son opposition à l’annonce de la création d’une liste estampillée “gilets jaunes”, en vue des élections européennes, qui se tiendront en mai prochain.

Mercredi, la très médiatique Ingrid Levavasseur annonçait en effet la création d’une liste, intitulée “Ralliement d’initiative citoyenne” (RIC), un acronyme en forme de clin d’oeil au “Référendum d’Initiative citoyenne”, une des premières revendication concrète portée par les gilets jaunes. La liste est pour l’instant composée d’une dizaine de noms, dont celui d’Hayk Shahinyan, autre figure bien connue du mouvement. Si l’ombre d’une structuration politique planait sur le mouvement depuis plusieurs semaines, la décision d’Ingrid Levavasseur, 31 ans, a largement été dénoncée par plusieurs figures emblématiques du mouvement.

Un mouvement "apolitique"

Dans son communiqué partagé sur Facebook, le groupe “La France en colère !!!” a notamment rappelé que le mouvement “n'appartient à personne”. “Chaque décision doit être approuvée par une majorité absolue, pas relative”, est-il écrit. Le document, qui présente Eric Drouet comme “initiateur du mouvement des gilets jaunes”, soutient que dans leur grande majorité, les gilets jaunes ne veulent pas d’une liste qui puissent les représenter aux élections européennes. Selon un vote mentionné par le communiqué, 98% de 18.000 personnes qui se seraient exprimées sur Facebook auraient d’ailleurs dit “non” à une telle liste. Pour cette frange du mouvement, être candidat aux élections européennes serait contre-productif.

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“L’objectif des gilets jaunes est d’obtenir des avancées concrètes et immédiates, être député au parlement européen ne confère pas ce pouvoir”, précise le communiqué, qui rappelle aussi que le mouvement se veut “apolitique”. “C’est un des principes fondateurs de cette lutte, candidater sur cette liste au nom des gilets jaunes et ce sans concertation est donc une trahison” dit le texte.

Autre signe de la récupération selon l’entourage d’Eric Drouet? Le choix “abject” du nom de la liste. “Utiliser un nom dont l’acronyme forme le mot RIC, (...) c’est ce qui s’appelle surfer sur la vague”, indique le texte.

"Toi aussi tu as menti"

Sur Facebook, mercredi soir, Maxime Nicolle, alias “Fly Rider”, s’est lui aussi insurgé de la constitution d’une telle liste. Cette figure très controversée du mouvement parle également de “trahison”.

“Je ne sais pas qui t’a racheté Ingrid, je ne sais pas qui t’a vendu quoi que ce soit ou qui t’as vendu du rêve mais ce que je vois c’est que t’es en train de trahir des dizaines, voire des centaines, voire des milliers de personnes qui avaient confiance en toi et t’es en train de leur mettre un carotte”, dit ce gilet jaune.

Il s’adresse ensuite à Hayk Shahinyan, désigné comme futur “directeur de campagne”: “j’ai parlé avec toi, je t’ai dit que je ne serai jamais politisé. Toi aussi tu as menti”, s’indigne Maxime Nicolle.

De son côté, Benjamin Cauchy, le porte-parole des “Gilets jaunes libres”, a annoncé jeudi sur notre antenne avoir été approché par Ingrid Levavasseur. S’il n’exclut pas de rejoindre la formation politique, il s’est néanmoins inquiété des positions soutenues par la liste.

“Quand on rentre dans les élections européennes, on parle de la place de la France dans l’Europe, des institutions européennes, de la question migratoire. Pas sûr qu’il y ait un compromis sur les ronds-points. Sur les ronds-points, on trouve un compromis sur les questions de pouvoir d’achat, de démocratie directe, mais pas sur les questions européennes”, explique-t-il, avant d’ajouter: “pour l’instant, je trouve la liste un peu trop proche de Bernard Tapie, qui a accueilli ce mouvement dans les rotatives de La Provence, donc je me pose des questions. Pour le coup, je suis plutôt inquiet”.

Une liste qui pourrait servir LaREM

Si une partie des gilets jaunes est à ce point opposée à la constitution d’une liste gilets jaunes aux européennes, c’est parce aussi qu’elle considère qu’elle ne pourrait que servir les intérêts d’Emmanuel Macron.

“Ces candidatures spontanées ne représentant en aucun point les Gilets Jaunes feront le jeu de LREM”, indique le communiqué de “La France en Colère !!!”.

Le document s’appuie sur un sondage commandé en décembre par La République en Marche et réalisé par l'institut Ipsos. Selon cette enquête, une liste aux couleurs du mouvement des gilets jaunes, créditée d'environ 13% des intentions de vote, ponctionnerait en effet d’abord des électeurs au Rassemblement national de Marine Le Pen et à La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Une échéance trop proche

Si Ingrid Levavasseur n’est pas la première figure des gilets jaunes à afficher ses ambitions politiques - avant elle, la très médiatique Jacline Mouraud avait également esquissé son projet de parti politique - beaucoup déplorent cependant “une précipitation”. Sur plusieurs groupes Facebook du mouvement, les membres s’inquiètent du manque de structuration en vue d’une échéance trop proche, ainsi que d’un manque de financement. Il y a un mois, Hayk Shahinyan lançait une cagnotte pour récolter des fonds pour la campagne. Selon le site d’Europe 1, il aurait réussi à réunir environ 90.000 d’euros, une somme trop faible pour briguer un mandat de député européen.

Avec cette annonce de création de liste, la jeune aide soignante de l’Eure, s’expose une nouvelle fois à de vives critiques. Début janvier, cette dernière avait déjà fait l’objet d’une campagne de déstabilisation après avoir envisagé de devenir consultante régulière à notre antenne. Elle avait finalement renoncé à participer régulièrement à des émissions.

Valentine Arama