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La grogne des diplomates irrite l'Elysée et le gouvernement

Nicolas Sarkozy entouré de ses conseillers à l'Elysée Claude Guéant, Henri Guaino et Jean-David Levitte (de gauche à droite). La grogne des diplomates sur la politique étrangère du chef de l'Etat, dans laquelle Henri Guaino et Jean-David Levitte jouent un

Nicolas Sarkozy entouré de ses conseillers à l'Elysée Claude Guéant, Henri Guaino et Jean-David Levitte (de gauche à droite). La grogne des diplomates sur la politique étrangère du chef de l'Etat, dans laquelle Henri Guaino et Jean-David Levitte jouent un - -

par Emmanuel Jarry PARIS (Reuters) - La grogne de diplomates français contre la politique étrangère de Nicolas Sarkozy suscite l'irritation de...

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La grogne de diplomates français contre la politique étrangère de Nicolas Sarkozy suscite l'irritation de l'Elysée et du gouvernement mais réjouit l'opposition, qui s'en est immédiatement saisie.

Le conseiller spécial du chef de l'Etat, Henri Guaino, a qualifié mercredi de "tract politique" le réquisitoire publié mardi dans Le Monde par ces diplomates, sous le pseudonyme de Marly, du nom du café où ils se sont réunis la première fois.

Il s'est demandé sur France Info si les auteurs de cette tribune étaient "de jeunes ambitieux qui cherchent des places" ou au contraire "des diplomates retraités aigris".

Il est vrai qu'Henri Guaino, "plume" de Nicolas Sarkozy et auteur, notamment, du discours très critiqué sur l'Afrique qu'avait prononcé le président français à Dakar, est une des cibles du groupe Marly, avec le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.

"Qu'on ne s'étonne pas de nos échecs", écrivent ainsi ses membres. "Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les 'plumes' conçoivent de grands desseins."

D'origines, de générations et de convictions politiques diverses, actifs ou à la retraite, ces diplomates reprochent à Nicolas Sarkozy de ne pas écouter les diplomates professionnels.

"A l'écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme", estiment-ils.

DÉPRIME DIPLOMATIQUE

Conseillers de Nicolas Sarkozy, ministres et dirigeants de la majorité dénoncent surtout la forme de cette tribune.

"Quand on est un responsable de haut niveau, on assume ce qu'on écrit, donc on signe, plutôt que d'opérer un règlement de compte de manière planquée", a ainsi déclaré le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé.

Le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte, a dit à des journalistes qu'il n'aimait "pas beaucoup les lettres anonymes".

Il s'est cependant montré plus diplomate qu'Henri Guaino en soulignant que la définition de la politique étrangère était une "oeuvre collective" impliquant l'ensemble du Quai d'Orsay, même si le chef de l'Etat prend in fine les décisions majeures.

Le ministre des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, a estimé pour sa part que la France ne pouvait pas se permettre dans les circonstances actuelles une "déprime" diplomatique.

Le porte-parole du gouvernement n'a pas pris de tels gants pour parler de "grande lâcheté" et dénoncer un texte relevant, selon lui, de la prose de "militants engagés, plutôt du côté de l'opposition" socialiste.

"Pour résumer ma pensée, j'ai eu le sentiment de lire une tribune de la rue de Solférino plutôt que le fruit d'une pensée puissante de diplomates en activité", a déclaré François Baroin lors du compte rendu du conseil des ministres.

VILLEPIN AVEC AUBRY

Comme Henri Guaino, François Baroin veut pour sa part voir dans le texte du groupe Marly, malgré la diversité revendiquée par ses auteurs, et dans les réactions qu'il suscite, une des premières manifestations de la campagne pour les élections présidentielle et législatives de 2012.

L'opposition n'a pas manqué, quant à elle, de se saisir de ce nouveau malaise entre Nicolas Sarkozy et un de ces grands corps de l'Etat avec lesquels il n'a jamais montré d'affinité.

"Aujourd'hui, il est clair que la diplomatie française n'existe plus", a ainsi déclaré la première secrétaire du PS, Martine Aubry, sur RMC et BFM-TV.

"Quand vous avez les policiers, les CRS, les magistrats, les enseignants, le personnel hospitalier et aujourd'hui les diplomates qui manifestent (...) c'est que vraiment la République va mal", a-t-elle ajouté.

A droite, Dominique de Villepin, ex-Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac, a joint sa voix aux détracteurs de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, qui doit le recevoir jeudi matin.

"Comme gaulliste, je crois à une certaine idée de la France alors que, nous le voyons, la diplomatie française s'efface trop souvent de la scène mondiale", a déclaré à la presse l'homme du discours de 2003 à l'ONU contre la guerre en Irak, qui a officialisé mercredi son départ de l'UMP.

Avec Yann Le Guernigou