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La Gauche moderne

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L’ancien socialiste, maire de Mulhouse assure Nicolas Sarkozy de son soutien de réformateur. Il reconnait le courage de Ségolène Royal au sein d’un PS, selon lui, « archaïque ».


J-J B : Vous êtes un homme de Gauche ou de Droite ? J M B : Je suis un homme de Gauche, allié à Nicolas Sarkozy, le réformateur, l’homme de Droite réformateur.

J-J B : C’est un conservateur Nicolas Sarkozy ?
J M B : Non, justement, si c’était un conservateur je n’aurai pas accepté la démarche d’ouverture, d’ailleurs il ne l’aurait pas faite. C’est parce que c’est un réformateur, c'est-à-dire quelqu’un qui considère que pour son quinquennat, l’essentiel, avant même la question de savoir s’il se représente ou pas, c’est de changer la France.

J-J B : Ça veut dire que les conservateurs de son parti ne le suivent que timidement ?
J M B : C’est évident et s’il veut élargir les lignes, déplacer les frontières politiques françaises, c’est parce qu’il pense que pour réformer il a besoin de tout le monde. Il a aussi besoin d’une partie de la Gauche, qui ne supporte plus le conservatisme du PS. Il sait qu’une partie de la Droite pourra à un moment donné traîner les pieds. C’est cette démarche-là qui l’amène à ouvrir. C’est totalement stratégique de sa part. A partir du moment où l’homme politique que je suis accepte l’ouverture, ça n’a aucun sens d’être dans une démarche individuelle. Je crée donc un parti politique : Gauche Moderne. C’est une démarche de gens de Gauche, qui veulent rester de Gauche, qui gardent leurs convictions, leurs valeurs, et qui veulent à la fois soutenir la démarche de réformes, peser et influer par un travail de réflexion.

J-J B : Mais vous n’êtes pas seul…
J M B : Il faut allier aujourd’hui le pôle de Gauche et le pôle centriste autour de Nicolas Sarkozy. Les centristes c’est une autre histoire, nous avons des passerelles avec eux. Borloo était présent à mon lancement de parti, je suis allé chez De Robien avec Santini et d’autres. On se parle, on a des choses à se dire mais ce sont deux histoires différentes. Je viens d’une Alsace centriste, et j’ai décidé à l’époque, non pas de devenir centriste, mais d’être socialiste. Je suis donc sur une autre histoire. Je pense que les Français font la part des choses. S’agissant maintenant du pôle de Gauche, c’est bien que chacun puisse écrire son histoire, que chacun puisse élargir le champ. Je suis dans ma démarche qui vient de loin, qui a une cohérence par rapport à toute mon histoire politique et je suis d’ailleurs encouragé par le président de la République dont je suis l’allié, à la poursuivre. Vous avez vu qu’au lancement du parti nous avons eu beaucoup de soutien, nous serons présents aux Municipales. Gauche Moderne a un vrai sens.

J-J B : Jean Marie Cavada va rejoindre la Gauche Moderne ?
J M B : Il m’a spontanément soutenu la semaine dernière, j’en étais très heureux, nous avons décidé de nous revoir. Il est parfaitement libre, moi aussi, nous verrons. S’il décide de nous rejoindre, je m’en réjouirais et il aurait une place importante dans Gauche Moderne.

J-J B : Est-ce qu’il y a quelques aspects, quelques points précis de la politique de Nicolas Sarkozy que vous ne soutenez pas ?
J M B : Au départ, je m’inscris dans sa démarche de réforme, je ne commence pas par dire que j’y vais du bout des doigts. Pour l’essentiel, c’était vrai déjà en juin quand je suis arrivé, je suis d’accord avec tout cela. Il y a des questions sur lesquelles on peut être exigeant et peser, la question du pouvoir d’achat par exemple.

J-J B : Vous partagez 100% de la politique conduite par le Président de la République ?
J M B : Je vais vous donner un exemple : je trouve que sur la décentralisation, on est très timide, je trouve bon qu’on ait commencé par la réforme de l’Etat, il fallait commencer par là, mais là-dessus nous sommes très en retard. Il faudra un jour qu’il y ait la fin de la démarche de décentralisation. Voilà un point sur lequel je considère que ce n’est pas prioritaire. J-J B : Sur la carte judiciaire, vous êtes complètement d’accord ?

J M B : Il fallait le faire. Je suis attentif au service après vente, c'est-à-dire qu’il y a un certain nombre de territoires, de petites villes, où, par rapport à l’accès à la justice, on a encore des choses à dire, à construire, derrière la réforme, dont je suis naturellement solidaire. Je ne critique donc pas la réforme mais je dis : le service après réforme est extrêmement important.

J-J B : Est-ce qu’il y a une ou deux mesures, décisions, que vous n’auriez pas prises ?
J M B : Je vais vous répondre sur une décision controversée que je soutiens c’est la loi sur l’immigration ; le maire de Mulhouse que je suis, sait que la France, pays d’immigration, doit avoir une politique d’immigration. Le fait qu’on n’en ait pas eu pendant 30 ans, Droite et Gauche confondues, fait que ça a été le n’importe quoi. Un certain nombre de personnes dans nos villes aujourd’hui vivent très mal, travaillent dans des conditions épouvantables, sont logés dans des ghettos, sont agressés par le communautarisme, rencontrent des problèmes d’éducation scolaire…Ceci parce que la machine à intégrer à un moment donné a été en panne. Je suis solidaire qu’il y ait une politique d’immigration de la France et là-dessus je ne suis pas désolidarisé du Gouvernement. Je l’attendais depuis longtemps.

J-J B : Ségolène Royal fait une belle rentrée ou pas ?

J M B : Je trouve qu’elle a un courage incontestable. Je trouve normal qu’elle s’exprime, c’est tout de même elle qui a la légitimité de l’élection présidentielle. Je trouve affligeant la manière dont le parti socialiste aujourd’hui n’arrive pas à se réformer, se perd dans des querelles de personnes, ne porte pas vraiment un message.

J-J B : Elle a été victime du PS ou d’elle-même ?
J M B : En politique, on est toujours victime de beaucoup de choses y compris de soi même. Toute la question ensuite c’est de savoir « balayer devant sa porte » et voir comment on repart. Si le PS arrive à un moment donné à retrouver un leader et à se rénover c’est bon pour la démocratie française. Mais mon diagnostic c’est qu’avec ou sans Ségolène Royal, c’est que le PS a été infichu de rompre avec un certain archaïsme, de rompre avec la pression de la Gauche, comme si chaque fois on allait trahir les vieilles lunes. Ça peut encore prendre des années, c’est le problème et pendant ce temps-là, on réforme.

J-J B : Ségolène Royal doit être premier secrétaire du PS selon vous ?

J M B : Je n’ai pas à me prononcer à la place des socialistes, ce n’est plus mon histoire.

La rédaction-Bourdin & Co