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La France a sous-estimé la révolte tunisienne, dit Sarkozy

Lors d'une conférence de presse à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a déclaré que la France n'avait pas pris la juste mesure de la révolte des Tunisiens qui a conduit au départ du président Zine Ben Ali. /Photo prise le 24 janvier 2011/REUTERS/Philippe Wojazer

Lors d'une conférence de presse à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a déclaré que la France n'avait pas pris la juste mesure de la révolte des Tunisiens qui a conduit au départ du président Zine Ben Ali. /Photo prise le 24 janvier 2011/REUTERS/Philippe Wojazer - -

La France n'a pas pris la juste mesure de la révolte des Tunisiens qui a conduit au départ du président Zine Ben Ali et offre son aide au nouveau gouvernement, a déclaré ce lundi Nicolas Sarkozy.

Les autorités françaises ont été critiquées pour avoir soutenu jusqu'à la dernière minute le président déchu. "Quand on est si proches, quand les destinées individuelles et collectives sont tellement imbriquées, on n'a pas toujours le recul nécessaire pour comprendre les sentiments de l'autre, bien mesurer ses frustrations, et sans doute ses angoisses", a dit le président français lors d'une conférence de presse axée sur la politique internationale de la France. "Derrière l'émancipation des femmes, l'effort d'éducation et de formation, le dynamisme économique, l'émergence d'une classe moyenne, il y avait une désespérance, une souffrance, un sentiment d'étouffer dont, il nous faut le reconnaître, nous n'avions pas pris la juste mesure", a-t-il ajouté.
La France, a dit Nicolas Sarkozy, va proposer aux nouvelles autorités tunisiennes des mesures pour leur venir en aide au plus vite et appuie l'octroi d'un "statut avancé" de la Tunisie dans ses relations avec l'Union européenne. "Une ère nouvelle s'ouvre pour les relations entre la Tunisie et la France", a-t-il dit.

Devoir de réserve

La France recherchera en outre systématiquement les "richesses pillées" par le régime Ben Ali pour les restituer aux Tunisiens, a promis le chef de l'Etat. Le rôle de la France dans la séquence qui a conduit la rue a chasser Zine ben Ali du pouvoir a donné lieu à une polémique, illustrée notamment par les propos de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, proposant aux autorités tunisiennes l'aide de la France pour le maintien de l'ordre.
"La forme a pu porter à polémique (...) les intentions étaient tout à fait transparentes", a dit Nicolas Sarkozy. "Sans doute avons-nous sous-estimé, nous la France, cette aspiration des nos amis tunisiens à la liberté." Mais la France ne pouvait pas aller plus loin, a-t-il dit. "La puissance coloniale (...) est toujours illégitime à prononcer un jugement sur les affaires intérieures d'une ancienne colonie", a expliqué Nicolas Sarkozy. "Je revendique cette réserve". "Je ne veux pas que la France soit assimilée à un pays qui a gardé des réflexes coloniaux", a-t-il ajouté.

Signe de cette volonté de ne pas intervenir dans la politique intérieure de ses anciennes colonies, Nicolas Sarkozy a refusé de répondre à une question d'une journaliste qui lui demandait si la France accepterait d'accueillir le président algérien Adbelaziz Bouteflika s'il était chassé du pouvoir.
Il a toutefois reconnu que le risque islamiste, souvent mis en avant pour justifier le soutien des présidents français, de droite comme de gauche, aux pouvoir en place au Maghreb, ne permettait pas d'excuser certains "comportements". "Le risque de l'intégrisme islamiste existe, mais il ne peut pas justifier des comportements de corruption, de refus d'une ouverture démocratique", a souligne Nicolas Sarkozy.