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L'Etat en quête de solutions contre la violence scolaire

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par Clément Guillou PARIS - Les états généraux de la sécurité à l'école, convoqués dans l'urgence après la mort d'un lycéen, auront pour mission...

par Clément Guillou

PARIS (Reuters) - Des spécialistes de la violence scolaire ont prôné l'implication des professeurs plus que des moyens techniques pour faire face en France à ce phénomène, en ouverture mercredi des états généraux de la sécurité à l'école.

La vidéosurveillance ou les détecteurs de métaux sont en grande partie inutiles tandis que les professeurs pourraient lutter davantage en étant mieux formés et responsabilisés, a dit le chercheur Eric Debarbieux, président du conseil scientifique des états généraux.

Au printemps 2009, Nicolas Sarkozy et le ministre de l'Education de l'époque, Xavier Darcos, avaient insisté sur la fouille des cartables, la vidéosurveillance et l'installation de détecteurs de sécurité pour lutter contre la violence à l'école.

Les syndicats de l'Education avaient dénoncé ces mesures, demandant que les établissements restent des lieux de confiance.

Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, a souhaité en ouverture de cette conférence, qu'il clôturera jeudi matin, qu'elle permette "d'imaginer, sans tabou mais avec audace, des solutions pragmatiques et innovantes".

"Il ne s'agit pas de tracer un énième plan de lutte contre la violence", a dit le ministre à l'université parisienne de la Sorbonne, après avoir rappelé les faits divers ayant émaillé le début de l'année et provoqué l'organisation de cette réunion.

Pour Eric Debarbieux, "ces états généraux représentent une chance de rompre avec l'émotionnel, le fait divers". Qu'on n'attende pas de recette miracle (...) Il faut tout remettre à plat, sans affolement, sans tabou mais sans tarder."

FORMATION

La lutte contre la dégradation du climat scolaire, l'isolement des enseignants et les vexations répétées, "la souffrance discrète des professeurs" selon les mots de Luc Chatel, ont été largement évoqués.

La prévention des accidents graves ne peut être uniquement technique, a dit Eric Debarbieux, expliquant que ces solutions pouvaient être contre-productives car perçues comme vexatoires. "Les détecteurs de métaux, fouilles de cartables, augmentent la violence en augmentant la stigmatisation", a-t-il dit.

La vidéosurveillance ne peut diminuer la violence entre les personnes à l'école mais "cela ne veut pas dire que quelquefois il n'y ait pas nécessité de protéger les établissements", a-t-il ajouté.

"La complémentarité, voilà ce que je préconise. On ne peut pas attendre des solutions techniques pour régler tous les problèmes de violences à l'école. C'est d'abord l'humain, c'est d'abord l'équipe qui compte", a-t-il dit.

Il a souligné l'efficacité de la police de proximité dans les établissements et des petites structures dans les quartiers populaires, où l'école devient alors "le capital du quartier avec un lien fort avec les familles".

La formation des enseignants, dont les syndicats dénoncent le projet de réforme, a également été critiquée car n'incluant pas suffisamment de formation aux situations difficiles.

"La solitude, c'est ce qu'il y a de pire, et nous formons des enseignants à être seuls", a dit Eric Debarbieux. "Ils ont un très bon savoir mais ne savent plus partager les difficultés."

Selon le chercheur, la suppression de poste d'enseignants et l'augmentation des effectifs par classe n'ont pas nécessairement de conséquence sur la dégradation du climat scolaire.

Luc Chatel a également souhaité qu'émergent de nouvelles formes de sanctions. L'actuelle sanction ultime, l'exclusion de l'établissement, est "d'abord une prime à l'emmerdeur", a observé le criminologue Alain Bauer, président de l'Observatoire national de la délinquance.

Edité par Sophie Louet