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L'entrée de Jean Zay au Panthéon fait grincer des dents à droite

Figures de la résistance, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Claude Brossolette, Germaine Tillion ainsi que Jean Zay feront leur entrée au Panthéon mercredi prochain, le 27 mai. Mais pour le dernier cité, figure du Front populaire assassinée par la milice peu avant la Libération, cet hommage ne passe pas. Explications.

"Aux Grands hommes la patrie reconnaissante". Ce mercredi 27 mai, quatre grandes figures de ce qui a constitué "l’esprit de résistance" en France vont faire leur entrée au Panthéon: Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Claude Brossolette, Germaine Tillion ainsi que Jean Zay. Problème: l’hommage fait à ce dernier, figure du Front populaire avant la Seconde guerre mondiale, fait polémique aux yeux de certains. C’est le cas notamment de Jean-Frédéric Poisson, actuel président du Parti chrétien-démocrate (PCD), ou encore de Jacques Bompard, député du Vaucluse, fondateur et président de la Ligue du sud, classée à l’extrême droite.

Pour comprendre ce début de polémique, il faut avant tout revenir sur qui était Jean Zay. Né en 1904, avocat, journaliste, écrivain, il connut une carrière politique fulgurante, élu député radical-socialiste du Loiret en 1932 puis nommé ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts en 1936, à tout juste 31 ans, discrètement mais sûrement poussé sur le devant de la scène par un certain Léon Blum. Sous l’occupation, il sera emprisonné par le gouvernement de Vichy, avant d’être assassiné par la milice le 20 juin 1944.

Un poème qui ne passe pas

Oui mais voilà, certains reprochent au défunt d’avoir manqué de respect aux couleurs de la France, lors d’un poème écrit en 1924, intitulé Le Drapeau. Dans ce texte, l’auteur fustige les morts inutiles de ses concitoyens au cours de la Première guerre mondiale, et s’attaque à l’emblème même de la Nation. Des propos jugés indignes, 90 ans plus tard, pour une panthéonisation.

"Ce projet n’est pas sans semer le trouble au sein du peuple français", a ainsi jugé Jean-Frédéric Poisson sur son blog. "Jean Zay fut notamment l’auteur d’un poème qualifiant notre drapeau tricolore, emblème national, de ‘saloperie tricolore’. À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale", a encore jugé le président du PSD. Dès l’annonce de cet ultime hommage à Jean Zay, d’autres voix s’étaient élevées. Notamment à l’extrême droite.

Jacques Bompard, fondateur et président de la Ligue du Sud, avait ainsi dressé un constat similaire en avril 2014. "Le Gouvernement a affiché son souhait de rassembler tous les Français. Cela n'est possible, a minima, que par le respect des valeurs républicaines et du drapeau français pour lesquels sont morts tant de héros", avait-il annoncé, demandant l’annulation de cette panthéonisation. Des propos repérés à l'époque par Le Lab.

Une mémoire honorée depuis le début de cette semaine

Ces appels ont été ignorés par le gouvernement, les hommages à Jean Zay ayant déjà débuté. A Orléans, sa ville natale, la mémoire de ce martyr de la République a été saluée dès lundi. Son cercueil, recouvert du drapeau français, avait été exhumé vendredi dernier dans l'intimité, avant d’être déposé au pied du monument de la victoire au son de la Marche funèbre en présence de quelques centaines d'Orléanais, jeunes et moins jeunes, et de nombreux élus.

C’est à ce moment que sa dépouille a définitivement quitté la ville, pour rejoindre Paris, et le Panthéon.

Jé. M.