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L’affaire Guaino n’est pas l’affaire Dreyfus !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Henri Guaino, poursuivi par la justice pour avoir pris à partie le juge de l’affaire Bettencourt, refuse d’être entendu par la police. Il a reçu le soutien de 102 députés UMP, et en fait un peu trop.

Il y a un décalage immense entre la gravité qu’Henri Guaino essaie de donner à sa propre mise en cause et l’importance réelle de cette affaire. C’est lui faire une grande faveur que de faire croire qu’il pourrait ébranler la démocratie avec des paroles, même excessives. Dans ce qu’il a dit, il n’y a pas de quoi fouetter un chat – ni un député. Il n’y a pas non plus de quoi faire de lui un martyr parce qu’on lui demande des comptes. De fait, son audition par la police est parfaitement inutile : il n’y a pas d’enquête à faire – il assume ce qu’il a dit et ses propos, tout le monde les a entendus. Même s’il acceptait de répondre à la police, on ne voit pas ce qu’il pourrait leur dire de plus. C’est à un juge de décider s’il est allé trop loin… ou pas.

Ce qui est reproché à Henri Guaino, c’est d’avoir dit qu’en mettant en examen Nicolas Sarkozy, le juge Jean-Michel Gentil avait « déshonoré un homme et déshonoré la justice ». Est-ce admissible ?

C’est grandiloquent et un peu ridicule mais ça n’excède pas les limites du débat public. La loi interdit de contester une décision de justice mais c’est un anachronisme. La justice est un pouvoir ; elle ne doit pas être au-dessus de la critique, pas plus que les élus ne sont au-dessus des lois. Là où l’emphase d’Henri Guaino le mène trop loin, c’est quand il dit que Nicolas Sarkozy serait « déshonoré » par sa mise en examen. Elle fait de lui un justiciable ordinaire, un suspect même, mais elle ne le prive pas de son honneur. D’autant qu’il est clair que les poursuites contre Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt sont au moins discutables…

Est-ce qu’il faut comprendre qu’en soutenant Henri Guaino dans cette pétition, c’est Nicolas Sarkozy que la centaine de députés UMP qui ont signé cette lettre ouverte veulent soutenir ?

Bien sûr – la meilleure preuve, c’est que François Fillon ne l’a pas signée… Mais l’excès d’indignation est contreproductif : il accrédite le sentiment que l’UMP a tout à craindre de la mise en cause de Nicolas Sarkozy. En réalité, il n’y a pas d’élément solide pour l’incriminer ; le juge a fait du contorsionnisme judiciaire pour le poursuivre et le parquet a déjà informé la chancellerie qu’il comptait demander un non-lieu. Il faut d’ailleurs se demander pourquoi le procureur soumet ses intentions à sa hiérarchie si, comme on nous le jure, la chancellerie ne donne pas d’instructions… Au total, Guaino n’écrit pas comme Zola, et Sarkozy n’est pas près de subir le sort du capitaine Dreyfus.

Justement, on a appris ce week-end que dans un des volets de l’affaire Bettencourt, le parquet requiert un non-lieu en faveur d’Eric Woerth. Ça signifie que l’affaire est en train de se dégonfler ?

Ce qui se dégonfle, c’est la dimension politique de l’affaire. Eric Woerth reste mis en examen – avec d’autres – dans ce qui reste le vrai scandale : les abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt, qui portent sur des centaines de millions. C’est aux juges de décider, mais il est assez inouï que le parquet relève aujourd’hui que les soupçons de financement politique illicite, non seulement ne sont pas prouvés mais seraient de toute façon prescrits. On peut en déduire deux choses : 1. la justice ne doit vraiment pas être à l’abri des critiques. 2. Il n’y a pas d’affaire Guaino mais il reste une affaire Bettencourt.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 13 mai.

Hervé Gattegno