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Juppé n'aurait pas entendu parler de corruption pour Karachi

Le ministre de la Défense et ancien Premier ministre Alain Juppé s'est déclaré prêt à répondre aux questions de la justice sur l'attentat de Karachi mais il a assuré n'avoir jamais entendu parler de la corruption qui en serait à l'origine. /Photo prise le

Le ministre de la Défense et ancien Premier ministre Alain Juppé s'est déclaré prêt à répondre aux questions de la justice sur l'attentat de Karachi mais il a assuré n'avoir jamais entendu parler de la corruption qui en serait à l'origine. /Photo prise le - -

PARIS (Reuters) - Le ministre de la Défense et ancien Premier ministre Alain Juppé s'est déclaré mardi prêt à répondre aux questions de la justice...

PARIS (Reuters) - Le ministre de la Défense et ancien Premier ministre Alain Juppé s'est déclaré mardi prêt à répondre aux questions de la justice sur l'attentat de Karachi mais il a assuré n'avoir jamais entendu parler de la corruption qui en serait à l'origine.

Deux juges d'instruction enquêtent sur cet attentat qui a fait onze morts français en 2002 et sur une éventuelle corruption en 1995 en marge d'une vente de sous-marins au Pakistan, qui pourrait y être liée.

Prié sur RTL de dire s'il répondrait aux questions d'un juge, Alain Juppé, chef du gouvernement entre 1995 et 1997, a répondu : "Evidemment que oui", tout en assurant qu'il n'avait que peu d'informations.

Elu chef de l'Etat en 1995, Jacques Chirac avait décidé d'arrêter le paiement de certaines commissions liées au marché des sous-marins signé en 1994.

Selon plusieurs témoins interrogés par les juges, l'Elysée soupçonnait un retour frauduleux de l'argent en France, des "rétrocommissions", au profit du rival de Jacques Chirac, Edouard Balladur.

Alain Juppé a assuré mardi n'avoir "jamais entendu parler" de telles rétrocommissions mais seulement de paiements légaux à des agents étrangers.

"Le président m'a indiqué qu'il avait, après enquête du ministre de la Défense, donné pour instruction de suspendre le versement de commissions (...) à des agents étrangers", a-t-il précisé.

Le ministre a par ailleurs justifié l'opposition de Matignon vendredi dernier à la demande de perquisition la DGSE, les services secrets, formulée par le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke.

"L'avis de la commission consultative sur le secret-défense (la CCSDN - NDLR) était très argumenté et ce lieu doit être un lieu secret si nous voulons préserver la crédibilité des services de renseignement", a-t-il déclaré.

PERQUISITION À BERCY

Quant aux documents que son prédécesseur à la Défense Hervé Morin a refusé de livrer à un autre juge d'instruction, Marc Trévidic, chargé de l'enquête sur l'assassinat, Alain Juppé a paru prêt à une remise, sous réserve d'un avis favorable de la CCSDN.

"Aussi bien le président de la République que le Premier ministre que moi-même avons dit que les documents qui pourraient intéresser les juges d'instruction (...) seront évidemment, après avis de la même commission, déclassifiés", a-t-il dit.

Selon Le Parisien de mardi, le juge Renaud Van Ruymbeke a perquisitionné il a une dizaine de jours au ministère de l'Economie, où il aurait saisi des notes manuscrites sur des montages financiers autour du contrat des sous-marins.

Les enquêtes judiciaires réveillent des antagonismes vieux de 15 ans à droite. Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget d'Edouard Balladur et porte-parole de sa campagne, tentait de rallier les ex-chiraquiens comme Alain Juppé.

Pour l'actuel président du groupe UMP au Sénat, Gérard Longuet, soutien d'Edouard Balladur en 1995, la clef du mystère de l'attentat est au Pakistan et non en France. A ses yeux, l'épisode de 1995 sur l'arrêt des paiements est un règlement de comptes.

"La première question que je poserais si j'étais les enquêteurs, c'est : 'Qui a commis cet attentat et quels sont les commanditaires ?' C'est sans doute au Pakistan qu'il faudrait aussi aller", a-t-il déclaré sur Canal +.

Pour l'ancien ministre de l'Industrie, "l'intime conviction d'ennemis politiques, ça ne vaut pas grand chose en justice".

"C'est consternant mais en 1995, lorsque (l'ancien ministre de la Défense) Charles Millon enquête, c'est parce que le président de la République de l'époque, Jacques Chirac, considère que les amis d'Edouard Balladur sont nécessairement des brigands", a-t-il ajouté.

Thierry Lévêque, édité par Elizabeth Pineau