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Hommage à de Gaulle: le déplacement de Marine Le Pen sur l'île de Sein, "un fiasco politique"

Marine Le Pen pensait prendre de court ses détracteurs en se rendant en avance sur l'île de Sein pour rendre hommage au général de Gaulle ce mercredi. Mais la présidente du RN, accueillie par les huées des habitants, a été forcée d'écourter son séjour. Un véritable fiasco en terme de communication politique.

C'est l'opération de communication politique ratée du jour. Marine Le Pen a voulu créer la surprise, ce mercredi, en se rendant un jour plus tôt sur l'île de Sein afin de célébrer le 80e anniversaire de l'Appel du 18 juin du général de Gaulle. La présidente du Rassemblement national, qui était initialement attendue jeudi sur cette terre de la Résistance, a dû écourter son déplacement en raison du mauvais accueil.

A son arrivée sur l'île de Sein, Marine Le Pen a été huée par certains habitants, tandis que d'autres lui tournaient le dos afin de protester contre sa venue, considérant que celle-ci était indigne de l'héritage du général de Gaulle. La gerbe de fleurs qu'elle a déposée au monument des Forces navales Françaises Libres de l'île a été rapidement enlevée et piétinée. Dans la soirée, la présidente du RN a dénoncé lors d'une conférence de presse les actes d'"antifas".

"C'est encore un coup de Marine Le Pen qui aime bien faire parler d'elle", a réagi auprès de l'AFP le maire de l'île Didier Fouquet (sans étiquette), qui s'opposait à sa venue sur les lieux.

"La Bretagne n'est pas une terre d'élection du RN"

C'est "une opération politique ratée", pour Laurent Neumann, éditorialiste politique de BFMTV, car la présidente du Rassemblement national n'a pas pu se rendre à l'hommage au 80e anniversaire de l'Appel du 18 juin le bon jour, soit jeudi. "Finalement, parce qu'elle savait qu'elle savait qu'elle n'était pas la bienvenue sur l'île de Sein, elle décide d'y aller avec 24 heures d'avance. Elle a même pris de court tous les journalistes qui s'attendaient à ce qu'elle arrive beaucoup plus tard sur cette île".

Et malgré son changement de stratégie de dernière minute, Marine Le Pen découvre à son arrivée "qu'une partie de la population considère qu'elle n'est pas la bienvenue. Elle est huée". Ce mercredi soir, devant l'hôtel où elle a fait une halte pour dîner, "une cinquantaine voire une soixantaine de personnes" sont présentes: "des militants de la France insoumise notamment, mais pas seulement. Il y a aussi beaucoup de badauds avec des pancartes affichant des slogans extrêmement désagréables", poursuit Laurent Neumann. 

"D'un point de vue politique, c'est une forme de fiasco, ce déplacement", poursuit l'éditorialiste politique. Car "la Bretagne n'est pas une terre d'élection du Rassemblement national. Mais on est surtout dans un haut-lieu symbolique de l'Histoire de France et du Gaullisme. Et les habitants de l'île de Sein sont des farouches défenseurs de cette Histoire-là. 

On "frôle le grand écart"

A travers ce déplacement symbolique, celle qui se présente volontiers "Gaullienne mais pas Gaulliste" voudrait essayer de récupérer politiquement la figure du général de Gaulle: "pas celui de la guerre d'Algérie, mais celui de l'indépendance de la France, celui qui se fait une haute idée de la Nation française, le patriote", explique Laurent Neumann. Cela serait un moyen idéal pour la présidente du RN de "montrer que son parti prône l'union nationale, et de se rapprocher de la droite et de se normaliser", comme l'analyse Benjamin Duhamel, journaliste politique pour BFMTV.

Cet événement, en somme, c'est "la suite de cette entreprise de dédiabolisation du Rassemblement national", confirme Laurent Neumann. Marine Le Pen "va chercher, avec le général de Gaulle, l'homme qui incarne le rassemblement en France. Sauf qu'évidemment, ça a du mal à passer auprès des Gaullistes, des Bretons, et notamment auprès de ceux qui connaissent cette Histoire-là par coeur sur l'île de Sein". 

"C'est de l'usurpation!", commente également Alain Duhamel, éditorialiste politique sur notre antenne, avant de rappeler que "le Front national puis le Rassemblement national se sont construits contre le général de Gaulle. Personne ne peut dire le contraire".

"Grand écart" idéologique

Le général de Gaulle, poursuit Laurent Neumann, "c'est celui qui a résisté et celui qui a signé le traité de Rome. Ce traité pour l'Union européenne que Marine Le Pen dénonce tant. On peut comprendre qu'elle souhaite élargir son audience, son électorat. Mais là, ça frôle le grand écart" pour l'éditorialiste.

Un avis partagé par Alain Duhamel, pour qui "tout sépare" Marine Le Pen et le général de Gaulle. "Lui, c'était l'unité des Français, Marine Le Pen, c'est plutôt la division. C'est quelqu'un qui refusait la gauche et la droite, ce n'est pas le cas de Marine Le Pen. C'était l'homme de la décolonisation, ce n'est pas le cas du Front national. Et même au sujet de l'Europe et de la souveraineté, c'est celui qui l'a fait avancer". 

Jeanne Bulant