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Appel du 18-Juin: Marine Le Pen accueillie sous les sifflets à l'île de Sein

Visite de Marine Le Pen dans un commissariat de Villeneuve-la-Garenne, le 12 juin 2020

Visite de Marine Le Pen dans un commissariat de Villeneuve-la-Garenne, le 12 juin 2020 - ALAIN JOCARD / AFP

Arrivée à l'improviste pour rendre hommage à l'appel lancé par le général de Gaulle depuis Londres, la présidente du Rassemblement national a suscité la colère des habitants de l'île de Sein.

Si l'effet de surprise a été réussi, le résultat est moins concluant. Ce mercredi, alors que doivent bientôt avoir lieu les commémorations de l'appel lancé par le général de Gaulle le 18 juin 1940, Marine Le Pen a posé le pied sur l'île de Sein pour rendre hommage au plus illustre des Français. La présidente du Rassemblement national a pris ses détracteurs de court en avançant de 24 heures son déplacement. 

Elle s'est rendue sur place dans l'après-midi, à bord d'une petite embarcation, au monument des Forces navales Françaises Libres qui trône sur l'île. Après y avoir déposé une gerbe, la députée du Pas-de-Calais a prononcé un bref discours retransmis par CNews avant de rembarquer pour le continent. À son départ, des habitants présents sur le port l'ont huée et lui ont tourné le dos. La gerbe qu'elle a déposée a rapidement été enlevée et piétinée. 

"C'est une honte Mme Le Pen", l'a apostrophée une habitante. "C'est de la provocation à l'état pur!"

Une hôtelière du coin, Dominique Fouquet, a exprimé toute sa colère en amont au micro de RTL

"Qu'elle ne revienne plus jamais. Je ne sais pas si on va lui dire ou lui tourner le dos. On avait prévu de faire une île morte pendant qu'elle serait là mais on n'avait pas prévu qu'elle arriverait aujourd'hui. Elle a grillé tout le monde… Après des années d'apprentissage, c'est normal qu'elle soit une professionnelle."

Protestations prévues jeudi

L'annonce de la visite à Sein de Marine Le Pen, dont la famille politique a longtemps été dans une opposition farouche à de Gaulle et à son héritage politique, avait provoqué l'indignation du maire de la petite île bretonne, contraint d'abréger les célébrations prévues. Des actions de protestation étaient prévues jeudi matin à Audierne, d'où elle devait embarquer pour l'île, mais aussi à Sein.

"En tant que Française et en tant que Bretonne, je ne suis pas pour les querelles au pied des monuments aux morts", a déclaré ce mercredi la finaliste de la présidentielle de 2017 à l'AFP par téléphone:

"Comme les deux préfets militants, celui du Finistère et le préfet maritime, semblaient vouloir créer le désordre et la perturbation, le respect dû aux combattants de la France libre et le recueillement nécessaire nécessitaient de changer la date pour respecter la sérénité, la tranquillité et l'unité auxquelles le général de Gaulle était tant attaché. Et en même temps, il n'était pas question que je renonce à y aller."

Passé anti-gaulliste du FN

De Gaulle a longtemps été détesté au FN (devenu RN), fondé en 1972 notamment par d'anciens collaborateurs de l'occupant nazi et d'anciens partisans de l'Algérie française.

"Notre parti s'est construit sur le refus de l'abandon de l'Algérie française et ça reste évidemment une cicatrice", avait expliqué dimanche Marine Le Pen, dans une référence à l'indépendance de l'Algérie actée alors que Charles de Gaulle était à l'Elysée, en 1962.

"Mais au-delà de cela, il y a une vision gaullienne de la France" et "tout ce que le général De Gaulle a fait pour que notre pays soit souverain, soit indépendant, soit puissant", saluait-elle.

Jules Pecnard avec AFP