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Hollande soutient la grogne des régions contre Macron

François Hollande le 23 septembre 2018 à Tulle.

François Hollande le 23 septembre 2018 à Tulle. - MEHDI FEDOUACH / AFP

Alors qu'Edouard Philippe doit prendre la parole devant le congrès des régions ce jeudi à Marseille, l'ancien chef de l'Etat ajoute son grain de sel à la grogne des élus contre l'exécutif et défend la décentralisation.

C'est désormais une habitude. Dès qu'il en a l'occasion, François Hollande semble prendre un malin plaisir à tacler son successeur, mais en prenant soin de ne pas le nommer. Alors que se tient jusqu'à ce jeudi soir le congrès des régions à Marseille, qui réunit plus d'un millier d'élus locaux, maires, présidents de régions et de départements, François Hollande apporte son soutien à la grogne montante contre l'exécutif. Mercredi soir, ces élus ont lancé "L'appel de Marseille" en faveur d'une relance de la décentralisation et d'une "concertation sincère avec l'Etat". Ils dénoncent le manque d'écoute de l'exécutif, alors que le Premier ministre Édouard Philippe doit venir défendre la politique du gouvernement dans la matinée de ce jeudi.

L'ancien président a partagé sur son compte Twitter une interview qu'il a donnée à Régions magazine, publiée ce lundi. Mettant en avant sa propre expérience d'élu local, celui qui a été maire de Tulle, conseiller régional et président de conseil général se présenté comme un "décentralisateur". 

Il met en avant son expérience d'élu local

"Les efforts demandés à nos collectivités leur ont demandé énormément d’énergie, notamment pour rationaliser leur organisation. J’ai moi-même participé à cet état de fait", concède-t-il, pour mieux dénoncer ensuite la politique actuelle. 

"Aujourd’hui, la situation est différente et provoque un sentiment de malaise (...). Depuis un an, tous les choix de l’exécutif ont provoqué un mouvement de recentralisation, à rebours de mes orientations. Car moi, je suis un décentralisateur! Désormais les structures sont en place, et elles fonctionnent. Encore faut-il dialoguer avec elles", poursuit François Hollande. 

Dénonçant "le blocage actuel", il voit un risque que les électeurs se détournent des scrutins locaux "faute d'enjeux", "si les collectivités ne vivent que de dotations ou de compensations versées par l’Etat". Faisant à nouveau le parallèle entre son mandat et celui d'Emmanuel Macron, il assure être resté "en lien permanent et régulier" avec les présidents de Régions alors qu'il était à l'Elysée. "Moi, je sais ce que je dois aux collectivités, pour la mise en œuvre de nos politiques. L’expérience que vit un élu local, c’est irremplaçable", avance-t-il, alors que son successeur a été maintes fois critiqué pour son manque d'expérience politique locale.

"L’expérience d’un maire, d’un conseiller général ou régional est irremplaçable, il est en prise directe avec les problèmes concrets des citoyens, cela ne peut pas s’inventer du sommet de l’Etat", insiste encore François Hollande.

"On a un Etat qui se rétracte"

Et l'ancien président de poursuivre, au cas où le message ne serait pas clairement passé: 

"Rien ne peut se faire sans les élus locaux. Rien ne peut se faire désormais, en termes d’investissement, sans les Régions. Je suis personnellement favorable à ce que l’on franchisse une nouvelle étape dans la décentralisation, que l’on confie de nouvelles compétences aux Régions, assorties de nouveaux moyens. Face à cela, on a actuellement un État qui se rétracte. Il faudrait au contraire qu’il se décontracte…"

A Marseille, les 1.200 élus qui ont signé "l'appel" dressent un bilan sévère d'un an de relations avec l'exécutif. "Idéologie recentralisatrice", "mise sous tutelle des collectivités", "mépris technocratique", le texte constate "l'échec" de la Conférence Nationale des Territoires, organisée tous les six mois par le gouvernement, et plaide pour la mise en place d'un "outil efficace du dialogue et de la négociation".

Charlie Vandekerkhove