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Retraites: le patron du fonds BlackRock France promu officier de la Légion d'honneur

La Légion d'honneur compte environ 93.000 membres

La Légion d'honneur compte environ 93.000 membres - Andrew Toth / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Président de la branche française de la très riche société américaine de gestion d'actifs, Jean-François Cirelli fait partie des 487 personnes figurant dans la promotion civile de la Légion d'honneur du 1er janvier 2020. BlackRock finance la plupart des fonds de pension dans le monde.

Comme chaque 1er janvier, le journal officiel a publié ce mercredi la liste des personnes se voyant accorder la promotion civile de la Légion d'honneur. Déjà récipiendaires de la décoration, 487 personnalités, "illustres ou inconnues", ont donc été nommées chevalier ou ont vu leur grade élevé. Dans ce cru 2020, l'on trouve l'actrice Jeanne Balibar, le chanteur Gilbert Montagné ou encore le prix Nobel de physique Gérard Mourou. 

Un autre nom attire cependant l'attention et fait polémique, notamment chez les opposants à la réforme des retraites: celui de Jean-François Cirelli, ancien patron de Gaz de France et actuel président de la branche française de BlackRock, le plus grand gérant d'actifs au monde. Un mastodonte qui repose sur pas moins de 6840 milliards de dollars d'actifs et dont les dirigeants sont accusés d'avoir un intérêt financier à ce que la réforme des retraites d'Emmanuel Macron et Édouard Philippe, sous sa forme actuelle, voie le jour.

Aussitôt publiée au Journal officiel, cette nomination a fait réagir les opposants au gouvernement de droite comme de gauche. Nicolas Dupont-Aignan estime que "ce pouvoir est corrompu" et que cette nomination se fait "pour le plus grand malheur des Français". Mathilde Panot, députée La France insoumise et présidente du groupe LFI à l'Assemblée évoque une "République des privilèges". Régis Juanico, député proche de Benoît Hamon y voit un "bras d'honneur". "Un symbole jupitérien", pour la CGT. 

Favoriser l'épargne retraite privée

Haut fonctionnaire âgé de 61 ans, chevalier de la Légion d'honneur depuis 2006, Jean-François Cirelli a été conseiller économique de Jacques Chirac. En 2003, lorsque le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin déploie sa réforme entraînant un allongement de la durée de cotisation pour la retraite, Jean-François Cirelli pilote le dossier auprès du Premier ministre. Il dirige BlackRock France depuis 2016.

Or, selon des révélations de Mediapart et de L'Humanité, la maison mère du gestionnaire d'actifs, aux États-Unis, aurait envoyé des "recommandations" à l'exécutif durant le mois de juin dernier. En clair, BlackRock souhaite que l'argent des Français soit davantage placé dans des produits d'épargne retraite privés, entraînant de facto un système de plus en plus basé sur la capitalisation et non plus sur la répartition. Un phénomène que facilite d'ores et déjà la loi Pacte votée en avril et promulguée en juin.

Saisine de la HATVP

Le député Les Républicains Olivier Marleix a récemment attiré l'attention sur ce dernier aspect, notamment lors d'une intervention orale à l'Assemblée nationale, durant une séance de questions au gouvernement.

"Les Français l’ignorent, mais une partie de la réforme a déjà été votée dans la loi Pacte. Et depuis un mois, votre gouvernement a autorisé le géant des fonds de pension américain à collecter directement la retraite privée des Français. Si la réforme va à son terme, les affaires de BlackRock prendront donc un formidable essor en France", déclarait l'élu d'Eure-et-Loir le 11 décembre dans l'hémicycle.

Olivier Marleix a ensuite saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour qu'elle examine l'exacte implication de BlackRock dans le projet de réforme des retraites.

Jean-François Cirelli, lui, a rencontré Emmanuel Macron le 10 juillet dernier à l'Elysée avec d'autres gestionnaires d'actifs. Il s'agissait alors d'inciter les fonds d'investissements à financer la lutte contre le réchauffement climatique. Sa distinction de ce mercredi ne risque pas d'atténuer les soupçons de collusion qui pèsent sur BlackRock, dont le nom apparaît de plus en plus régulièrement sur des pancartes dans les manifestations contre le futur texte. 

Voyant enfler la polémique, la multinationale a tenté de s'en extraire en publiant finalement un communiqué le 19 décembre, dans lequel il est expliqué que BlackRock "n'est pas un fonds de pension" et "ne commercialise pas de plan d'épargne retraite".

"En aucune manière, nous n'avons cherché à exercer une influence sur la réforme du système de retraite par répartition en cours auprès des pouvoirs publics ou de tout autre acteur du secteur", peut-on lire dans le communiqué.
Jules Pecnard