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Recours au 49-3: une motion de censure a-t-elle des chances d'être votée?

Si des députés socialistes signent une motion de censure contre le gouvernement après son nouveau recours à l'article 49-3, pour faire adopter la loi Travail sans vote, ils seront automatiquement exclus du PS et ainsi écartés de la primaire à gauche.

La droite a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne déposerait pas de motion de censure, après que le gouvernement a décidé de recourir au 49-3 pour faire passer la loi Travail sans vote en deuxième lecture. Mais que va-t-il en être d'une motion de censure à gauche?

S'il devait en y avoir une, les députés ont jusqu'à 15 heures mercredi pour la déposer et défier ainsi Manuel Valls. Pour l'instant les élus laissent planer le suspens, mais pour l'éditorialiste de BFMTV Apolline De Malherbe il y a peu de doute. "La réalité est qu'à l'heure où l'on se parle (mercredi matin, Ndlr), ils n'ont pas les 58 députés pour pouvoir déposer cette fameuse motion de censure", assure-t-elle. 

Surtout, le choix de déposer une motion de censure à gauche est un pari des plus risqués, comme le souligne la journaliste: 

"Si des députés déposent cette motion de censure, ce serait une véritable déclaration de guerre. Ils seront exclus automatiquement du Parti socialiste et se verront refuser les investitures dans leur circonscription. Cela est vu comme une menace cohérente par le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. Cela est vu comme du chantage contre les censuristes."

En cas d'exclusion du PS, ces élus ne pourront pas concourir à la primaire à gauche.

"Valls veut nous piétiner"

Contraignant le gouvernement à la démission, les députés socialistes qui déposeraient une éventuelle motion de censure pourraient en réalité faire le jeu de Manuel Valls. Le Premier ministre, à la droite de la gauche, pourrait ainsi imposer sa ligne au sein du PS, comme l'explique Apolline De Malherbe: 

"Les frondeurs sont persuadés que c'est Manuel Valls qui les pousse à rompre. 'Il veut faire la démonstration qu'il y a deux gauches irréconciliables, cela l'arrange', me disait l'un d'eux. Tous les frondeurs parlent de ces derniers jours comme d'une épreuve de force d'une rare violence. 'Valls veut nous piétiner, nous écrabouiller', me disaient-ils encore, le tout avec une sorte de bénédiction de François Hollande qui ne s'en mêle pas ou qui fait semblant de ne pas voir."

Une excellente tactique de la droite

De la bataille autour de la loi Travail, le gouvernement va donc probablement ressortir gagnant. Mais quelle que soit l'issue de ce rapport de force, sur le terrain politique, les grands perdants sont le Parti socialiste et la gauche, affaiblis par une division qui ne fait plus aucun doute. "Des frondeurs, Benoît Hamon, étaient prêts et sont encore prêts à être exclus du PS, c'est quand même un acte fort", souligne ainsi l'éditorialiste de BFMTV.

Apolline De Malherbe salue enfin "[l']excellente tactique de la droite d'avoir décidé de ne pas déposer elle-même de motion de censure, de ne pas donner le sentiment que le théâtre est à droite".

A un an de la présidentielle et à quelques mois des primaires, on voit déjà comment ces échéances pèsent sur les décisions de chaque camp. L'heure des tactiques politiques a sonné. Au détriment peut-être des décisions politiques.

Ma. G. avec Apolline De Malherbe