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Les chantiers du candidat Manuel Valls

Manuel Valls lors d'un déplacement au Canada, en octobre 2016.

Manuel Valls lors d'un déplacement au Canada, en octobre 2016. - AFP

L'ancien Premier ministre, qui vient de démissionner et de passer la main à Bernard Cazeneuve à Matignon, est officiellement lancé dans la course à la présidentielle. Mais le parcours sera long, et semé d'embûches.

La course a démarré. Moins d'une semaine après l'annonce de François Hollande de renoncer à briguer un second mandat, Manuel Valls, Premier ministre, a lancé l'offensive et s'est déclaré candidat, avant de quitter mardi son poste de Matignon, remplacé par Bernard Cazeneuve. Ces dernières semaines, le Premier ministre ne cachait plus son désir de se présenter. Il l'avait d'ailleurs fortement fait comprendre à François Hollande, quitte à exercer sur le chef de l'Etat une réelle pression. Désormais, la voie est libre. Mais cela ne signifie pas que le parcours sera tranquille pour Manuel Valls.

Le chef du gouvernement jouit d'une cote de popularité supérieure à celle de François Hollande: 26% des Français disent lui faire confiance, contre seulement 13% pour François Hollande, selon le baromètre mensuel TNS-Sofres. Le 2 décembre, le Premier ministre pointait aussi à 30% d'opinions favorables dans un sondage BVA, soit une progression continue depuis juillet.

Un bon signe pour Manuel Valls. Si les sondages montrent également une progression sur les intentions de vote à la présidentielle, le Premier ministre part de loin: un sondage datant du 29 novembre le crédite de 9,5% à 11% des intentions de vote au premier tour, derrière Jean-Luc Mélenchon.

> La défense du bilan

Le fait de présenter sa démission, et ainsi de s'éloigner de François Hollande l'aidera-t-il? Les études d'opinion semblent le montrer. Mais Manuel Valls devra porter, lors des six mois de campagne à venir, un bilan du quinquennat très décrié, notamment par ses futurs adversaires à la primaire.

"Manuel Valls est le remplaçant de François Hollande dans cette primaire. Il est encore son Premier ministre, il est comptable de son bilan", affirmait ainsi François Kalfon, directeur de campagne d'Arnaud Montebourg, vendredi 2 décembre sur BFMTV.

Assumer le bilan, tout en se posant en présidentiable, c'est toute la difficulté à venir pour le Premier ministre. Ces dernières semaines, il s'est attelé à se façonner une image plus consensuelle. Devant des militants PS de Tours, fin octobre, il en appelle au "rassemblement" - lui qui a théorisé les "gauches irréconciliables" - et choisit déjà d'assumer le bilan du quinquennat. "Soyons fiers d'avoir rétabli l'autorité de l'Etat, fiers d'avoir redressé notre économie", lance-t-il, tout en défendant les services publics, "colonne vertébrale de notre modèle français", et la loi Travail qui "renforce le rôle des syndicats". Manuel Valls s'affiche en rassembleur de la gauche et évite les sujets qui fâchent, comme la laïcité.

> Séduire le PS

Lui qui a déclenché parfois de vives polémiques au sein même de son gouvernement, devra pourtant en faire plus pour se détacher de cette image. Car au sein même du PS et du gouvernement, ces prises de position – sur le burkini par exemple – ont réussi à dresser certains contre lui. "Il fait l'objet d'un rejet viscéral de la part d'une partie de la gauche du PS – Anne Hidalgo, Christiane Taubira, Martine Aubry, etc." rappelle Thierry Arnaud, éditorialiste politique de BFMTV. "Il existe d'ailleurs un scénario redouté par certains socialistes: une candidature dans la primaire qui cristalliserait ce rejet".

Si l'on ne connaît pas encore le nom de ce possible candidat, l'ambiance se tend déjà: Martine Aubry a signifié lundi que son soutien à Manuel Valls dans la primaire n'avait "rien d'évident". Des soutiens, Manuel Valls en aura pourtant bien besoin pour mener à bien sa course vers la présidentielle. C'est pour l'instant l'un de ses principaux points faibles: l'ancien Premier ministre a peu de relais. "Il n'a pas de base au sein du PS, et ne maîtrise pas l'appareil du parti", note Thierry Arnaud.

Il devrait toutefois recueillir des soutiens parmi les membres du gouvernement et de la majorité, à la suite de sa déclaration de candidature. Michel Sapin, Juliette Méadel, Didier Guillaume et Bruno Le Roux se sont déjà exprimés. Mais là encore, on se méfie: du côté des soutiens historiques de François Hollande, on tient à faire savoir qu'ils étaient une quinzaine à se réunir lundi midi, sans Manuel Valls, pour montrer leur volonté de "rester unis". Une façon de montrer qu'ils ne se laisseront pas si facilement rallier à la cause d'un futur candidat... Quel qu'il soit.

A voir aussi, notre "Grand Angle", "Valls, seul contre tous?" : 

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Manuel Valls

Ariane Kujawski