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Bernard Cazeneuve, l'ascension du "couteau suisse" du gouvernement

Le nouveau Premier ministre arrive à Matignon à l'issue d'un parcours solide, dessiné par François Hollande au fur et à mesure des remaniements.

Il est l'un des rares à être resté au gouvernement durant tout le quinquennat: ancien fabiusien devenu fidèle soutien de François Hollande depuis 2012, Bernard Cazeneuve a été nommé Premier ministre mardi matin, après la démission de Manuel Valls. Comme une récompense de la part du chef de l'Etat pour celui qui ne lui a jamais fait défaut depuis son arrivée au pouvoir. Et qu'il a propulsé au plus haut, poste après poste.

Selon un proche du président, "le choix de Bernard Cazeneuve est celui d'une personnalité qui a une grande expérience d'élu local et national et de l'Etat puisqu'il a exercé plusieurs fonctions ministérielles depuis 2012". Une accumulation qui lui vaut le surnom de "couteau suisse" du gouvernement.

Un "noniste" aux Affaires européennes

C'est comme ministre délégué aux Affaires européennes que Bernard Cazeneuve, qui avait prôné le non au traité constitutionnel de 2005, entre au gouvernement. Un ministère important mais peu valorisé au sein du gouvernement. Bernard Cazeneuve est discret, peu connu du grand public. A son poste, il fait notamment adopter le traité de stabilité européen, malgré une majorité de gauche réticente.

Puis le départ brutal de Jérôme Cahuzac, accusé de fraude fiscale, le propulse ministre du Budget en mars 2013. Une mission délicate: il reconnaît lui-même alors manquer de préparation sur les dossiers en cours. Prêt à décliner, il est rattrapé par François Hollande qui le persuade d'accepter le poste. Il se lance, travaille dur et surprend ses détracteurs. Adepte d'une communication sobre et maîtrisée, il évite les erreurs de communication et refuse les petites phrases à l'encontre de ses collègues du gouvernement.

Une solidarité qui consolide sa relation avec François Hollande. Son ascension se poursuit lorsqu'il est nommé place Beauvau en avril 2014 à la place de Manuel Valls, déjà. Le ministère de l'Intérieur lui revient devant François Rebsamen ou encore Jean-Jacques Urvoas, qui avaient tous deux manifesté leur intérêt pour la fonction. Là encore, le "couteau suisse", qui n'est pourtant pas spécialisé dans les questions de sécurité, arrange bien François Hollande: il préfère son ministre discret et loyal plutôt que les deux autres prétendants, l'un poussé par Manuel Valls, l'autre qu'il ne veut pas voir place Beauvau.

Des colères assumées

A l'Intérieur, Bernard Cazeneuve connaît les pires crises du quinquennat: la mort du manifestant Rémi Fraisse en octobre 2014, la vague d'attentats qui touchent Charlie Hebdo et l'Hypercacher en janvier 2015, les attentats de Paris et de Saint-Denis en novembre 2015, l'attentat de Nice le 14 juillet 2016 puis l'assassinat d'un prêtre à l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2016.

Sa gestion des événements et son sérieux sont salués à gauche comme à droite. Mais derrière sa façade calme et rigoureuse, il ne cache pas un caractère parfois tempétueux: sur les bancs de l'Assemblée, on le voit répondre parfois avec colère aux attaques de l'opposition, et même de la gauche.

Au fil du quinquennat, Bernard Cazeneuve a su montrer sa fidélité à François Hollande. Une loyauté et un sérieux qui en ont fait un pilier du quinquennat, et l'ont rapproché du chef de l'Etat. Ce dernier assiste même à son remariage avec la mère de ses enfants, à l'été 2015. Une amitié qui lui vaut désormais le poste rêvé, celui de Premier ministre. Mais ce sera de courte durée: selon L'Opinion, Bernard Cazeneuve a déjà préparé son départ vers un cabinet d'avocat. Ses 5 mois à Matignon, un record sous la Ve République, sont son baroud d'honneur.

Ariane Kujawski