BFMTV

Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le boulet d'Ayrault ?

-

- - -

Jean-Marc Ayrault s'est rapidement positionné en faveur du nouvel aéroport de Nantes, à Notre-Dame-des-Landes. Retour sur un projet impopulaire que le Premier ministre compte bien mener à terme.

Maire de Nantes entre 1989 et juin 2012, président de Nantes Métropole depuis sa création en 2001, député de Loire-Atlantique depuis 1986 : Jean-Marc Ayrault s'est construit politiquement à Nantes.

Fervent défenseur du projet de "l'aéroport du Grand Ouest" qui doit voir le jour à Notre-Dame-des-Landes (commune située à 17 km de Nantes), l'actuel Premier ministre doit faire face à une opposition toujours plus forte. Y compris ce mercredi, dans son gouvernement, où Cécile Duflot a réaffirmé publiquement son désaccord avec le chef du gouvernement. Retour sur un dossier qui commence à empoisonner le Premier ministre.

L'opposition des riverains

Le projet d'un nouvel aéroport, plus grand et plus éloigné du centre-ville que l'actuel à Bouguenais n'est pas récent. En 1968, le site de Notre-Dame-des-Landes est privilégié. Dès 1972, des agriculteurs s'opposent au projet.

2000 : le gouvernement Jospin relance le projet, resté sans suite depuis les années 1970. L'Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (l'ACIPA) se crée dans la foulée.

2004 : pas de changement après la victoire des socialistes aux conseils général et régional. Malgré les protestations, le projet se poursuit.


Déjà, les opposotions au nouvel aéroport sont nombreuses : adversaires politques, agriculteurs, riverains. A gauche, Le Parti socialiste et son président de groupe à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, poursuivent seuls le projet.


Les écolos dénoncent l' "Ayraultport"

2004 : Jean-Marc Ayrault défend le projet. Pour lui : "Notre région et notre agglomération et au-delà, a besoin de renforcer ses infrastructures de relations internationales et nationales et l'avion en fait partie même s'il n'est pas exclusif." Les Verts dénoncent eux un manque de connexion avec les lignes de chemin de fer et des dépenses trop importantes.

2008 : Le nouvel aéroport est déclaré d'utilité publique. Pour cela, il doit respecter les normes HQE (Haute qualité environnementale) du Grenelle de l'environnement.

2010 : Le budget global prévu est de 556 millions d'euros hors taxes. Le syndicat mixte d'études annonce que le projet sera créateur d’emplois : jusqu’à 4 000 emplois directs et indirects liés au chantier et entre 1 230 et 5 650 emplois directs et indirects générés sur la zone aéroportuaire d'ici 2025.

2011: Les écologistes choisissent le site de Notre-Dame-des-Landes pour montrer leur unité. Le projet d'aéroport est devenu un enjeu d'envergure national.


Le gouvernement divisé

2011 : Ségolène Royale et Arnaud Montebourg se prononcent contre le nouvel aéroport. L'actuel ministre du Redressement productif réclame alors : "un réexamen approfondi du projet". Il précise : "Je le dis avec netteté : il faut tout reprendre depuis le début".

Octobre 2012 : Cécile Duflot réaffirme son opposition à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. "Il y a un désaccord sur ce projet-là, qui est un désaccord ancien acté, rien de nouveau sous le soleil". La ministre du Logement l'assure : "Mon désaccord sur ce point, il est connu par le Premier ministre." L'ex-responsable d'Europe Ecologie-Les Verts conclut : "Ce débat, il existe", il "n'y a pas de tabou".

Jean-Marc Ayrault "l'entêté" ?

31 octobre 2012 : Ayrault, prisonnier de son engagement

Mercredi, les piques ont fusé sur le projet de l'aéroport défendu bec et ongles par Jean-Marc Ayrault. Et le premier à dégainer a été Jean-Philippe Magnen, porte-parole national d'Europe-Ecologie-Les Verts. "J'avoue ne pas comprendre cette obstination sur un projet anti-écologique et anti-économique", confir ce Nantais qui connaît bien Jean-Marc Ayrault après "dix de coopération politique sur le terrain" en tant qu'élu régional.

"C'est plus qu'une épine dans le pied", a estimé de son côté François de Rugy, co-président du groupe EELV à l'Assemblée analyse la situation. Cet autre Nantais y voit "une forme d'entêtement difficilement justifiable aux yeux des élus et de l'opinion". François de Rugy ajoute : "Il n'est pas concevable que ce projet ne soit pas revisité", d'autant qu'"il s'agirait du seul projet à survivre à la rigueur budgétaire".

"C'est un projet pour faire plaisir à Vinci et à l'ego de Jean-Marc Ayrault", raille de son côté Christine Poupin, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

Jean-Marc Ayrault maintient que l'aéroport verra le jour. Le début des travaux est prévu en 2014 pour une ouverture en 2017.