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À l'Assemblée nationale, le remaniement gouvernemental ne devrait guère faire bouger les lignes

L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 28 juin 2022 à Paris

L'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 28 juin 2022 à Paris - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Emmanuel Macron avait indiqué qu'il avait chargé Élisabeth Borne de sonder les groupes politiques à l'Assemblée sur un "accord de gouvernement" et de composer "un nouveau gouvernement d'action au service de la France".

Attendue depuis les législatives, la composition du nouveau gouvernement d'Élisabeth Borne est désormais connue. Une équipe paritaire de 21 femmes et autant d'hommes avec entre autres, en termes d'équilibres politiques, quatre ministres du MoDem de François Bayrou, deux du parti Horizons d'Édouard Philippe et deux d'Agir.

Pas d'entrants d'autres partis et groupes politiques en dehors de la majorité donc, alors qu'Emmanuel Macron avait, dans un entretien à l'AFP la semaine passée, déclaré qu'il avait chargé la Première ministre de sonder les groupes politiques à l'Assemblée nationale sur un "accord de gouvernement" et ainsi composer "un nouveau gouvernement d'action au service de la France".

Un remaniement qui apparaît donc plus technique que politique, et qui ne devrait pas être à même d'asseoir une majorité solide à l'Assemblée nationale pour l'exécutif, qui ne dispose que d'une majorité relative.

"Pas un gouvernement de coalition"

Parmi les mouvements notables dans la nouvelle équipe gouvernementale, l'arrivée d'Olivier Véran au porte-parolat, remplacé par Franck Riester au ministère des Relations avec le Parlement, et celle de Christophe Béchu à la Transition écologique et Cohésion des territoires. Le maire de Clichy-sous-Bois Olivier Klein, macroniste transfuge du PS dont il a été exclu en 2020 et ancien du PCF, fait son entrée en tant que ministre délégué au Logement et à la Ville.

"Ce n'est pas un gouvernement de coalition, on l'avait deviné. (...) (Emmanuel Macron) a consulté les patrons de partis, il a demandé à la Première ministre de consulter les responsables de groupes, et il y avait dans la lettre de mission l'hypothèse d'un gouvernement de coalition, d'une majorité plus large et plus solide", estimait ce lundi matin Philippe Corbé, chef du service politique de BFMTV.

"La principale préoccupation de la Première ministre et du président de la République, aujourd'hui et dans les semaines qui viennent, dans les mois qui viennent, c'est de trouver à chaque fois sur chaque texte, 40 et quelques députés pour voter les textes, ou un certain nombre de groupes qui pourraient s'abstenir. Ça ne change rien en termes de sièges", poursuit Philippe Corbé à l'égard du remaniement qui vient d'être annoncé.

Pour l'éditorialiste politique de BFMTV Laurent Neumann, les Français "vont voir que Bruno Le Maire est toujours à Bercy, que Gérald Darmanin est toujours à l'Intérieur, que Pap Ndiaye est toujours à l'Éducation nationale, que Éric Dupond-Moretti est toujours à la Justice, qu'au fond les gros piliers n'ont pas changé, on a changé à la marge".

À l'Assemblée nationale, la majorité est composée par 172 élus de Renaissance, 48 du MoDem et 30 d'Horizons, soit 250 députés, alors que la majorité absolue est fixée à 289 sièges.

Majorité texte par texte

Pour faire voter ses projets de loi, notamment celui annoncé sur le pouvoir d'achat, le gouvernement va donc devoir négocier pied à pied avec les oppositions pour trouver des majorités de circonstances.

En amont du remaniement vendredi, un poids lourd du gouvernement évoquait auprès de l'AFP la nécessité d'avoir surtout des ministres "compétents" et ayant "la maîtrise du parlement" où vont devoir se bâtir des compromis.

"L'élargissement s'est fait avant l'élection, ce n'est pas l'objectif de faire des débauchages", assurait dimanche soir à Politico un conseiller élyséen.

Pour autant, juge Philippe Corbé, l'arrivée de Franck Riester aux Relations avec le Parlement pourrait permettre de faciliter l'élargissement à droite. "Mettre un ancien responsable de LR et de l'UMP (...), qui était déjà ministre du Commerce extérieur, ce n'est pas le choix le plus spectaculaire en termes médiatiques, mais c'est un choix qui peut en tout cas être efficace. En tout cas c'est probablement l'espoir d'Élisabeth Borne", croit savoir Philippe Corbé.

Olivier Véran est "quelqu'un qui est très apprécié des Français. Mais à l’intérieur du Parlement, il y a eu des tensions avec les parlementaires qui lui en tiennent toujours rigueur. Il y avait donc des craintes sur le fait que la greffe ne prenne pas au ministère des Relations avec le Parlement. Riester a toujours eu de bonnes relations avec les groupes politiques et connaît toutes les arcanes du Parlement", explique-t-on à BFMTV.

"Fin de règne"

D'entrée de jeu, les oppositions ont critiqué la nouvelle composition de l'exécutif. "Emmanuel Macron nous avait annoncé le gouvernement du Conseil national de la résistance, on a la ferme des semi-célébrités, avec quelques has been du gouvernement précédent et les fonds de tiroirs de la macronie", a raillé sur notre antenne l'ancien macroniste, désormais député Nupes du Val-d'Oise Aurélien Taché. Sur BFMTV également le député Les Républicains Pierre-Henri Dumont a fustigé "un gouvernement qui ressemble plus à une fin de règne qu'à un début de quinquennat".

Mercredi, Élisabeth Borne prononcera son discours de politique générale. Pour l'heure, la question de savoir si elle sollicitera un vote de confiance à l'issue n'est pas tranchée. Plusieurs députés ayant été nommés ministres, leurs suppléants ne seront pas en capacité de siéger mercredi prochain, amputant d'autant le capital de votes de la majorité. L'hypothèse que la cheffe de l'exécutif puisse ne pas demander la confiance aux députés à l'issue de son discours de politique générale s'en trouve ainsi confortée.

Clarisse Martin avec Agathe Lambret