BFMTV

Marine Le Pen persona non grata en Ukraine

Frédéric Chatillon

Frédéric Chatillon - BFMTV

La présidente du FN a provoqué la colère de Kiev en réaffirmant la légalité de l'annexion de la Crimée par la Russie, le 3 janvier sur BFMTV.

Marine Le Pen n'a jamais caché son soutien à Vladimir Poutine. Mardi, la présidente du FN a remis ça: sur BFMTV et RMC, elle est revenue sur l'annexion de la Crimée à la Russie en mars 2014 – ce qui lui vaut désormais une interdiction du territoire ukrainien. 

"Je ne crois absolument pas qu'il y a eu une annexion illégale: il y a eu un référendum, les habitants de Crimée souhaitaient rejoindre la Russie", a affirmé Marine Le Pen. "Je ne vois pas ce qui justifie de remettre en cause ce référendum", a-t-elle insisté. Avant de répondre "oui" à la question de savoir si la Crimée faisait à ses yeux partie intégrante de la Russie.

"Les déclarations de ce type auront des conséquences"

L'annexion de la Crimée par la Russie a été effectuée en mars 2014 après une intervention militaire, suivie d'un référendum de rattachement dénoncé comme illégal par l'Ukraine et les Nations unies. En réponse à cette "annexion illégale", l'Union européenne a imposé une série de sanctions à la Russie, notamment économiques.

A Kiev, on a donc peu apprécié les propos de Marine Le Pen. Au point que le ministère ukrainien des Affaires étrangères a fait savoir mercredi dans un communiqué que la présidente du FN était désormais indésirable sur le territoire.

"En tenant des propos qui relayent la propagande du Kremlin, la responsable politique française a manqué de respect à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine, et a totalement ignoré les principes fondamentaux du droit international", fait savoir le ministère dans un communiqué relayé par Reuters. Et de prévenir que "les déclarations et les actes de ce type auront nécessairement des conséquences" à l'avenir. 

Le FN a-t-il besoin d'un prêt russe?

En mars 2014 déjà, la patronne du parti frontiste avait approuvé l'annexion de la Crimée. Mais pourquoi plus de deux ans plus tard, Marine Le Pen tient-elle tant à afficher son soutien à Vladimir Poutine? Le contexte pourrait expliquer cette déclaration: les échéances électorales approchent en France, et le Front national a besoin d'argent pour financer ses campagnes électorales. Dans un article de 2015, Mediapart révélait la satisfaction du Kremlin après le soutien de Marine Le Pen à l'annexion de la Crimée et la façon dont elle devait être "remerciée". Quelques mois plus tard, le FN avait obtenu un prêt russe à hauteur de 9 millions d'euros.

Le 21 décembre dernier sur Europe 1, Nicolas Bay, secrétaire général du FN, a reconnu que le FN n'avait à ce stade "pas encore trouvé les financements nécessaires pour la présidentielle et les législatives". La faute selon lui aux "banques françaises" qui ne "jouent pas le jeu de la démocratie" et refusent selon lui de prêter au FN. Mais il a démenti formellement les affirmations du Canard enchaîné, selon lequel le FN a demandé un prêt de 30 millions de dollars (28,7 millions d'euros) à une banque russe. "J'infirme totalement", a répondu Nicolas Bay, évoquant "des élucubrations, des affirmations folkloriques". Le même jour, Marine Le Pen elle-même avait démenti: "c'est n'importe quoi. Aucun prêt n'a été pour l'instant contracté", avait-elle affirmé au Lab.

Ariane Kujawski