BFMTV

Face au Front national, "le front républicain est une rustine"

Marine Le Pen au Parlement européen.

Marine Le Pen au Parlement européen. - -

La victoire à la cantonale partielle de Brignoles révèle le travail en profondeur réalisé par le Front national pour se hisser dans le paysage politique local français. Zoom sur la stratégie du Front national.

La cantonale partielle de Brignoles est une victoire incontestable pour le Front national (FN) dont le candidat, Laurent Lopez, a été élu avec 53,9% des voix. "C'est aussi, note la chercheuse du CNRS et du Centre d'études européennes de Science Po Nonna Mayer, "une vraie défaite de la gauche et de la droite". "Le front républicain (NDLR: le barrage fait au FN par les autres partis) est une rustine qui ne règle rien à long terme", affirme-t-elle.

Mais cette victoire préjuge-t-elle de victoires futures aux municipales, comme l'affirme la présidente du FN, Marine Le Pen? Décryptage de la vie d'un parti en pleine reconstruction qui travaille activement à devenir le "premier partie de France", pour emprunter la formule de sa présidente.

Marine Le Pen "a raison de rester prudente"

Pour Nonna Mayer, "il n'est pas possible d'extrapoler à partir des résultats de Brignoles les résultats aux élections futures". Cela "énerve un peu" d'ailleurs la chercheuse qui précise que "c'est, de la part de la presse, aller vite en besogne de dire que Marine Le Pen va faire 25% aux élections européennes et le FN 18% aux municipales". La première raison est qu'"il ne s'agit pas du même type d'élection". Il est exact que de nombreux sondages montrent que les électeurs arrêtent leurs choix en fonction d'enjeux locaux. Cela dit, nuance la spécialiste, "45% des électeurs déclarent aussi décider en fonction d'enjeux nationaux". C'est peut-être ce qui fait dire à Marion Maréchal-Le Pen, qu'"il s'agit, bien évidemment, d'une victoire nationale".

Marine Le Pen elle, reste quant à elle beaucoup plus modérée dans son discours. "Elle (Marine Le Pen) sait très bien, que quand on est à la troisième cantonale, après celles 2011 et 2012, dans le contexte très particulier de Brignoles, situé dans le Var où le FN est implanté depuis 30 ans, il faut rester prudent. Et elle a raison", analyse continue Nonna Mayer. Et pour cause: en 2011 à Brignoles, le candidat FN l'avait emporté face au communiste avant que la justice n'invalide son élection. Un nouveau scrutin organisé en 2012 avait alors vu la victoire du maire communiste de Brignoles... avant une nouvelle annulation.

Un parti qui travaille à sa reconstruction

Mais la victoire du FN à Brignoles dimanche souligne néanmoins le travail accompli par le parti. "Travail", un terme justement mis en avant dans le discours du FN à Brignoles. Une manière de signifier que ces voix ne procèdent pas seulement d'"un vote sanction" comme le prétend la candidate UMP évincée Catherine Delzers. Pour Nonna Mayer, parler du travail accompli par le FN est "totalement légitime". "Une élection suppose des militants qui tractent sur le terrain, ça fait partie d'une stratégie politique. Mais Marine Le Pen n'a rien inventé, Bruno Mégret faisait la même chose avant elle", continue-t-elle. Loin des diatribes et des coups d'éclat médiatiques de son père, "Marine Le Pen veut gouverner", assure encore Nonna Mayer. Et la présidente du FN se donne les moyens pour y arriver.

"Le parti a été cassé en 1998 avec le départ de Bruno Mégret et Marine Le Pen le reconstruit, mais cette reconstruction n'est pas encore achevée", explique encore la chercheuse. D'ailleurs, "le Front national peine à aligner des candidats dans une ville sur six". Et le problème est encore plus prégnant dans les communes de moins de 3.500 habitants. Pour l'instant, entre 600 à 700 candidats ont pu constituer leurs listes.

L'autre problème est la jeunesse des candidats qui manquent encore, pour beaucoup, d'expérience politique. Le FN ne s'en cache pas, il est en train de les former. Il faut donc s'attendre, note la politologue, à "de nombreuses triangulaires" aux prochaines municipales où le mode de scrutin proportionnel est plus favorable au FN que celui, majoritaire, des cantonales, et permet surtout plus facilement le maintien au second tour avec 10% des suffrages exprimés (contre 12,5% des inscrits pour les cantonales).

Quelle stratégie pour les municipales?

La stratégie du Front national en vue des municipales s'inscrit dans la continuité du travail entrepris par Marine Le Pen. Il s'agira donc: "d'être présent au maximum, de présenter des candidats irréprochables, d'éviter toute forme de dérapage et de continuer le 'ripolinage' de l'image du partie en appuyant sur ce qui fait, mal, autrement dit le chômage", prévoit Nonna Mayer.

Les réponses aux problèmes exposés par le FN sont connues et le remède reste le même: la préférence nationale qui est aussi le plus petit dénominateur commun entre les électeurs du FN, au-delà de leurs différences sociales. Pour la chercheuse, le vote FN est dans ce sens bien un "vote d'adhésion". Une adhésion à une "vision xénophobe et autoritaire de la politique", précise-t-elle.

La nouveauté? La féminisation de l'électorat frontiste, analyse la politologue. "Depuis 2012, les électrices ne sont pas plus réticentes que les électeurs à voter pour le Front national. Auprès des femmes issues du prolétariat de services, comme les caissières de supermarchés, Marine Le Pen fait tabac". Et élargit encore un peu plus son électorat.

David Namias