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Ferguson: Taubira s'indigne sur Twitter et crée la polémique

La ministre de la Justice Christiane Taubira

La ministre de la Justice Christiane Taubira - Kenzo Tribouillard - AFP

Un tweet de Christiane Taubira en écho à la décision de la justice américaine dans l'affaire Ferguson dans le Missouri suscite des réactions mitigées dans la classe politique française qui y voit une forme d'ingérence.

S'agit-il de "les tuer avant qu'ils ne grandissent?", s'est interrogée Christiane Taubira dans un tweet en anglais en réaction à la décision aux États-Unis de ne pas poursuivre un policier blanc qui a tué un jeune Noir à Ferguson dans le Missouri. Décision qui a entraîné une vague de violence dans la ville.

"Quel âge avait #Mickael Brown? 18 ans. #Trayvon Martin? 17. #Tamir Rice? 12. Quel âge le prochain? 12 mois? 'Tuez-les avant qu'ils ne grandissent' Bob Marley", a tweeté la ministre de la Justice, évoquant les noms de jeunes Noirs tués par la police aux Etats-Unis, puis reprenant la phrase "Kill them before they grow" attribuée à un sheriff par Bob Marley dans sa chanson "I Shot The Sheriff" (vidéo à 1 minute 36).

"Rien de comparable avec la France"

Interrogée mardi sur France Info, Christiane Taubira assuré qu'il s'agissait pour elle de "dire (sa) solidarité dans une situation qui est extrêmement douloureuse". "Je ne porterai pas de jugement de valeur sur les institutions des Etats-Unis, cependant il est évident que lorsque le sentiment de frustration est aussi fort, aussi profond, aussi durable et aussi massif, il y a à s'interroger sur la confiance dans ces institutions, et donc la capacité des institutions à assurer cette paix sociale", a-t-telle poursuivi. Interrogée sur une comparaison de ce climat à la France, la ministre de la Justice a jugé que "ça n'est vraiment pas comparable même si évidemment il y a du racisme en France".

Estrosi attaque violemment Taubira

Malgré tout, ce tweet a suscité des critiques de la part de députés UMP mais aussi du président PS de la commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas. Le député UMP Christian Estrosi l'a qualifié d"énorme dérapage" mardi sur iTélé. "Madame Taubira, alors qu'elle ne sait même pas ce qu'il s'est passé cette nuit aux Etats-Unis se permet de porter un jugement sur la justice américaine, mais dans quel monde est-on? J'ai honte pour mon pays d'avoir un garde des Sceaux comme madame Taubira", a-t-il détaillé

Une analyse en partie partagée par Thomas Snegaroff, professeur à Sciences Po Paris et chercheur à l'IRIS sur les Etats-Unis, dans une référence à la mort du jeune manifestant Rémi Fraisse à Sivens dans le Tarn:

"Si le président de la commission des Lois du Congrès émettait des réserves sur la justice française je lui demanderais de s'occuper de son pays, donc moi je me garde de critiquer les institutions des autres nations, surtout quand elle est le produit d'un jury", a, de son côté, commenté le député socialiste Jean-Jacques Urvoas sur France 3, sans y voir une "maladresse" de Christiane Taubira.

Pour autant, le communicant Philippe Moreau-Chevrolet pointe un argument non-négligeable: "son discours parlera aux militants de gauche, à qui personne d'autre ne parle en ce moment au gouvernement". Une place de "caution" que François Hollande en personne lui avait dévolu alors qu'elle ne souhaitait pas participer au gouvernement Valls II en août dernier.

Des violences ont éclaté à Ferguson, dans le Missouri, depuis l'annonce lundi soir par un grand jury de l'abandon des poursuites contre un policier blanc ayant tué l'été dernier un jeune Noir désarmé.Face aux juges, il avait assuré "avoir simplement fait son travail".

S.A. avec AFP