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Face à l'hypothèse d'un 3e confinement, la cacophonie fait son retour au gouvernement

Alors que l'exécutif temporise avant de déterminer si un nouveau confinement s'avère indispensable, le Conseil scientifique lui met la pression pour l'imposer d'ores et déjà.

Tout est sur la table mais rien n'est encore sûr. C'est essentiellement ce qu'il ressort des différentes prises de parole, officielles ou officieuses, émanant de l'exécutif ces derniers jours au sujet du reconfinement. Après les fuites recueillies ce week-end par Le Journal du Dimanche, d'après lesquelles Emmanuel Macron annoncerait cette semaine la douloureuse mesure, l'exécutif a essayé de temporiser.

Le même jour, dimanche, Gabriel Attal a assuré le soir sur France 3 qu'aucune décision n'avait été prise. "Par principe, tous les scenarii sont sur la table", a déclaré le porte-parole du gouvernement.

"Dans la semaine nous pourrons nous faire une opinion sur cette question du couvre-feu à 18 heures, et son impact suffisant ou non sur la circulation du virus", a-t-il ajouté, essayant d'enjamber l'épineuse question du confinement.

Reprise d'épidémie?

Dans ce contexte d'incertitude, d'autres ministres défendent leur boutique. Jean-Michel Blanquer par exemple, également dans le JDD, a expliqué que si confinement il devait y avoir, les écoles devraient rester ouvertes. Côté tourisme, le secrétaire d'État Jean-Baptiste Lemoyne s'est montré moins affirmatif dans les colonnes du Figaro vendredi, appelant les Français "à la prudence" quant à leurs réservations de vacances.

Autre dissonnance publique dimanche, celle entre Olivier Véran et Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique du gouvernement. Interrogé par un lecteur du Parisien sur l'éventualité d'un rebond de l'épidémie, le ministre des Solidarités et de la Santé a répondu du tac au tac: "Je ne sais pas qui vous annonce une grande épidémie en mars!"

"Aujourd'hui, notre pays connaît une forte tension épidémique avec plus d'admissions à l'hôpital que de sorties. Ça a malheureusement un air de déjà-vu. Il faut que le couvre-feu fonctionne, qu'on parvienne à tenir bon face au variant et à gagner du temps", a-t-il développé.

"On le fera si on n'a pas le choix"

Le soir, ce fut la douche froide. Invité de BFMTV, Jean-François Delfraissy s'est alarmé des conséquences de la diffusion des différents variants du coronavirus. En particulier celui découvert en Grande-Bretagne. Selon lui, ils représentent rien de moins que "l'équivalent d'une deuxième pandémie".

"Les mutants et variants changent complètement la donne depuis trois semaines. Ils apparaissent de façon multiple, ont des facteurs de transmission plus élevés, et accélèrent la transmission", a décrit le président du Conseil scientifique.

Jean-François Delfraissy, toujours sur un ton des plus préoccupés, a poursuivi en déclarant qu'il "faudra probablement aller vers un confinement" pour interrompre ce rebond. Là-dessus, Olivier Véran s'est montré moins affirmatif dans Le Parisien, déclarant attendre "d'abord d'être fixé sur les effets du couvre-feu".

"Si ça ne baisse pas, si les variants commencent à se diffuser partout, alors on prendra des mesures supplémentaires, évidemment. Et cela s'appelle le confinement. Si on voit que le virus se remet à progresser fortement, on ferme. On le fera si on n'a pas le choix. Celui qu'on a instauré en octobre a été efficace. Mais je peux vous dire qu'il n'y a pas de plan caché, ni de scénario pré-écrit", a assuré le ministre.

Au moins là-dessus, Jean-François Delfraissy s'est efforcé de ne pas contredire Olivier Véran. Le patron du Conseil scientifique s'est en effet borné à faire le distinguo entre les confinements du printemps et de l'automne 2020, l'un plus dur, l'autre plus souple. Sans s'avancer sur celui qu'il jugerait plus souhaitable dans les circonstances actuelles.

Acceptabilité sociale

Reste qu'à ce stade, l'opportunité d'un confinement préventif sera au menu des discussions lors du Conseil de défense prévu mercredi. D'où l'importance des données récupérées à la suite du couvre-feu à 18 heures. D'après Le Monde, l'entourage d'Emmanuel Macron n'envisage aucune nouvelle annonce fracassante. Si Matignon est favorable à une réponse dure, l'Elysée garde à l'esprit "l'acceptabilité sociale" d'une mesure telle que le confinement.

"Le gouvernement doit prendre la mesure d’un confinement au moment où l’opinion peut l’accepter. Pas avant. S’il y a une flambée, on est légitime pour protéger le pays; s’il n’y a pas de flambée, le risque est grand que les gens ne l’acceptent pas", indique l'entourage d'Olivier Véran auprès du quotidien du soir. Comme à plusieurs reprises depuis le début de l'épidémie, le gouvernement doit gérer l'incertain en se donnant du temps.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV