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"RoboCop", loyal, bosseur... Qui est Adrien Quatennens, le nouveau numéro 2 de La France insoumise?

Adrien Quatennens, député LFI du Nord, le 18 octobre 2018

Adrien Quatennens, député LFI du Nord, le 18 octobre 2018 - AFP, Hans Lucas - Karine Pierre

Militant de gauche depuis le lycée, le natif de Lille est un pur produit de l'école Mélenchon. Au point d'être devenu, dans une période difficile pour la gauche radicale, l'un des plus fidèles soldats de l'ancien sénateur socialiste.

À peine la nomination annoncée, la question a fait surface: par quelle obscure manœuvre d'appareil Adrien Quatennens a-t-il pu récupérer, à 29 ans, le titre de numéro deux officieux d'une France insoumise en pleine convalescence? Samedi, dans le cadre de l'assemblée représentative de LFI au bois de Vincennes, le député du Nord est officiellement devenu "coordinateur" du mouvement. Un choix dont la rapidité a étonné certains, comme sa collègue Clémentine Autain mais qui, en soi, n'a rien de très surprenant. 

Moins d'un mois après la claque des élections européennes, Jean-Luc Mélenchon veut donner un nouvel élan à son mouvement, qui en a bien besoin. Au-delà du mauvais score (6,31%) engrangé par les insoumis le 26 mai, le départ au compte-gouttes de bon nombre de leurs cadres depuis un an a créé un important vide à combler. Le remplacement de Manuel Bompard - désormais député européen - par Adrien Quatennens au poste d'animateur de LFI s'inscrit dans cette logique de renouvellement... et de promotion des plus loyaux. 

Efficacité militante

Ancien militant d'Attac, un temps attiré par la mouvance trotskiste, le natif de Lille est un pur produit de l'école Mélenchon. Dès la fin des années 2000, le jeune homme se rapproche du Parti de gauche que l'ancien sénateur fonde après son départ du Parti socialiste.

Presque immédiatement, Adrien Quatennens impressionne par sa maturité et son esprit d'organisation. Beaucoup voient en lui une sorte d'éponge redoutable, une machine à assimiler les concepts théoriques. Un talent indispensable pour s'approprier le bréviaire insoumis, avec son lot de passerelles sinueuses entre les rives de la gauche, du populisme au souverainisme, en passant par l'internationalisme.

En 2017, tout semble possible. Jean-Luc Mélenchon tutoie les sommets lors de la présidentielle et parvient, dans la foulée, à faire élire plus d'une quinzaine de députés à l'Assemblée nationale. Le Lillois en est, grâce à une victoire à 50 voix d'écart contre le candidat macroniste investi dans sa circonscription. 

Fidèle indéfectible

Dès l'entame de la nouvelle législature, Adrien Quatennens réussit à se faire remarquer. Le 10 juillet, c'est lui qui porte la voix des insoumis contre l'un des premiers textes phare du gouvernement, à savoir son projet de loi d'habilitation pour assouplir le code du travail par ordonnances. Le discours est rodé, les "punchlines" bien choisies, au point que l'intéressé se voit prédire, d'entrée de jeu, une brillante carrière d'opposant.

Depuis le début du quinquennat, l'ancien conseiller clientèle chez EDF s'est forgé une image double: celle d'un fidèle indéfectible de Jean-Luc Mélenchon, dont il s'échine à célébrer la figure de "mentor" indispensable au bon fonctionnement de LFI, et d'un adepte très performant des nouvelles méthodes de communication politique - celles qui s'appuient essentiellement sur les réseaux sociaux et les interventions sur les plateaux de télévision.

Depuis deux ans, Adrien Quatennens les enchaîne de manière effrénée, sans jamais laisser entrevoir la moindre marque d'épuisement. Idem lorsqu'il a remplacé le chef au pied levé lors de certains débats pendant la campagne des européennes. Un cas unique d'ailleurs, que d'y avoir participé sans être leader de parti ni tête de liste.

"Foncièrement sympa"

Au sein de La France insoumise, ce côté "RoboCop" - comme le qualifient certains membres - impressionne autant qu'il interroge. À l'instar d'un mélenchoniste historique comme Alexis Corbière, Adrien Quatennens se dit convaincu que le fondateur du mouvement, malgré la récente vague de contestation interne, demeure la meilleure carte du mouvement pour 2022. 

En coulisses, certains confirment l'avoir bien entendu parler de la prochaine échéance présidentielle... mais pas nécessairement avec le même candidat en tête. "J'étais stupéfait de l'entendre dire qu'il s'y préparait. Je trouve que c'est beaucoup trop tôt", insiste auprès de BFMTV.com une source qui, pourtant, exprime un vrai respect pour la personne derrière le militant:

"C'est un type foncièrement sympa, qui a un vrai sens de l'humour et qui est doté d'un grand charisme par rapport à son âge. Et puis ces derniers mois, quand l'appareil du mouvement s'est déchaîné contre telle ou telle voix discordante, Adrien a plutôt eu tendance à se taire, à refuser de participer à la curée médiatique. C'est très respectable de sa part."

Candidat à Lille

Ces qualités, Jean-Luc Mélenchon les connaît. "Le simple fait qu'il l'ait désigné coordinateur, donc paratonnerre, cela veut dire que de son point de vue, Adrien lui sera totalement obéissant", souffle un ex-insoumis.

Dans le contexte de défiance que traverse le mouvement, il est urgent pour le député des Bouches-du-Rhône de retrouver une forme de stabilité et de sérénité. Celle-ci passe par la présence de l'élu du Nord, extrêmement populaire auprès des militants LFI, à un poste de responsabilité.

Il n'est pas inutile, non plus, de lui faire prendre du galon à neuf mois des municipales, lors desquelles Adrien Quatennens envisage de se présenter à Lille. Une "option" qui n'est pas encore tranchée, assurait-il sur Franceinfo début avril - son copain Ugo Bernalicis, également élu LFI dans le Nord, est un possible candidat.

Dans un sondage OpinionWay paru fin mars dans La Voix du Nord, c'est Adrien Quatennens qui était testé. Il arrivait en troisième position avec 14% d'intentions de vote au premier tour, derrière la maire sortante Martine Aubry et le sénateur Les Républicains Marc-Philippe Daubresse.

Mauvais choix?

L'ancien membre de LFI cité plus haut s'interroge toutefois sur le choix stratégique du député du Nord, alors même que le mouvement est en proie à une crise quasi existentielle: pense-t-il toujours que son propre chemin, à long terme, passe par une loyauté sans faille à Jean-Luc Mélenchon?

"On est arrivé à un stade où le chef envoie ouvertement balader ceux qui réclament un fonctionnement plus démocratique de LFI. Il y a l'affaire des comptes de campagne, la disqualification comportementale due à l'épisode des perquisitions, la claque des européennes, le rejet d'une grande partie des électeurs de gauche... Et c'est dans ce contexte qu'Adrien Quatennens devient le premier exécutant de Jean-Luc Mélenchon dans l'appareil? Cela veut dire qu'il devient solidaire de tous ces problèmes."

Et de conclure sur cette note pessimiste: "Je crains qu'il ne gâche son propre avenir en allant couler avec Mélenchon." 

Jules Pecnard