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Que disait vraiment le PCF des années 70 ?

Georges Marchais

Georges Marchais - ERIC FEFERBERG / AFP

François Hollande a provoqué la colère des communistes en comparant le discours de Marine Le Pen au PCF des années 70. Mais que disait le PCF à cette époque?

François Hollande s'est attiré les foudres du Parti communiste. En cause, une petite phrase, lâchée dimanche lors de l'émission Le Supplément sur Canal+: "Marine Le Pen parle comme un tract du PCF des années 70". "Sauf que", s'est empressé de corriger le chef de l'Etat, "le Parti communiste ne demandait pas qu'on chasse les étrangers, qu'on fasse la chasse aux pauvres", il "avait encore un certain nombre de principes".

Une correction rapide, qui n'a pas suffi à calmer la colère des communistes. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a rapidement demandé des "excuses publiques" au chef de l'Etat. "C'est une phrase lamentable. Je rappelle au président de la République que dans les années 70 dont il parle, la gauche avait un programme commun entre les communistes et les socialistes, qui a d'ailleurs permis la victoire de 1981 de la gauche". 

Les années 70, celles du programme commun entre le PS et le PCF

La comparaison de François Hollande "avec le Parti communiste des années 70" semble en effet chronologiquement hasardeuse. A l'époque, le programme du PCF était également celui du Parti socialiste, après la signature en 1972 du programme commun, rompu en 1977. "Ce programme constitue un engagement des deux partis l'un à l'égard de l'autre", affirme le préambule du texte. Ce que démontrent également ces affiches et tracts de l'époque :

Parmi les mesures du programme commun: l'allongement des congés, la baisse de la durée du travail hebdomadaire, ou encore l'augmentation de la participation patronale dans le financement de la Sécurité sociale. Pas grand chose à voir, donc, avec le discours et le programme frontistes. D'autant que lorsque le thème de l'immigration, cher au Front national, est abordé par le PCF au détour d'une phrase, c'est pour assurer aux travailleurs immigrés "les mêmes droits que les travailleurs français".

Georges Marchais et l'immigration

Mais si le programme commun forge la ligne du Parti communiste dans les années 70, elle ne contraint pas totalement le PCF. "Le Parti communiste français et le Parti socialiste conservent naturellement leur personnalité", précise le texte. Et en la matière, la différence est de taille: la personnalité de François Mitterrand contraste brutalement avec celle, plutôt tonitruante, du leader communiste des années 1970, Georges Marchais.

Une figure communiste récupérée par certains ténors frontistes pour ses propos sur l'immigration. En 1980, Georges Marchais avait déclaré: "La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration posent aujourd’hui de graves problèmes". Un an plus tard, il réitérait. "Nous posons les problèmes de l'immigration", avait-t-il déclaré après que le maire de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue à l'époque, avait mobilisé ses administrés contre une famille marocaine, soupçonnée de trafic de drogue

Des sorties polémiques qui coïncident avec l’émergence du Front national dans le paysage politique français. Le PCF a-t-il été tenté de s'emparer du thème de l'immigration pour cette raison ? Pierre Juquin, ancien responsable du Parti communiste, penche pour cette option. "Une partie du monde ouvrier était tenté par les idées du FN. Le Parti communiste sentait son déclin électoral et essayait de le conjurer par tous les moyens. C’est le moment où Marchais a tenté de réorienter le parti vers la lutte contre l’immigration", assure-t-il dans l'ouvrage Histoire du Front national de Dominique Albertini, cité par les Inrockuptibles

"Rien à voir avec Marine Le Pen"

Depuis, les propos de Georges Marchais ont été désavoués par les responsables communistes. "Georges Marchais se trompe, mais il est abject de comparer ses propos avec ceux actuels du FN. Car, aussitôt après, il écrit avec fermeté: 'Il faut donner aux travailleurs immigrés les mêmes droits sociaux qu’à leurs camarades français'. Le propos est donc clair, rien à voir avec Marine Le Pen", avait déclaré Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche, dans une lettre ouverte, publiée en mai 2011 dans L'Humanité. En revanche, les déclarations de Georges Marchais continuent d'être récupérées et instrumentalisées par certains ténors frontistes, trente-cinq ans après avoir été prononcées. 

Claire Rainfroy