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Israël refuse l'entrée sur son territoire d'élus et de députés français

Les députées LFI Clémentine Autain et Danièle Obono, ici à l'Assemblée nationale en août 2017, font partie des élus dont Israël a interdit l'entrée sur son territoire

Les députées LFI Clémentine Autain et Danièle Obono, ici à l'Assemblée nationale en août 2017, font partie des élus dont Israël a interdit l'entrée sur son territoire - Jacques Demarthon-AFP

Israël refuse que des élus français, dont quatre députés et un sénateur, entrent sur son territoire pour rencontrer Marwan Barghouti, le dirigeant palestinien emprisonné.

Les autorités israéliennes ont indiqué lundi qu'elles refuseraient l'entrée sur leur territoire à une vingtaine d'élus français qui voulaient se rendre en Israël et rencontrer le dirigeant palestinien emprisonné Marwan Barghouti.

Il leur est recommandé de ne pas monter dans l'avion

"Nous n'autoriserons pas l'accès au territoire à ceux qui appellent activement à s'en prendre à Israël, en particulier quand ils demandent à rencontrer et à conforter un fieffé meurtrier comme Barghouti, incitant ainsi à soutenir le terrorisme", a indiqué le ministre israélien de la Sécurité publique, Gilad Erdan, dans un communiqué.

Les autorités israéliennes leur recommandent donc par avance "de ne pas prendre l'avion du tout". Des élus du Parti communiste (PC), dont un sénateur, et de La France insoumise (LFI), dont quatre députés, ont indiqué dans un communiqué qu'ils comptaient se rendre en Israël et dans les Territoires palestiniens du 18 au 23 novembre pour "alerter sur la situation des près de 6000 prisonniers politiques palestiniens".

Une vingtaine de personnes devaient faire partie du voyage, dont Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et sénateur de Paris, les députés européens Pascal Durand et Patrick Le Hyaric, ainsi que les maires de Stains, en Seine-Saint-Denis, Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, et Limay, dans les Yvelines.

Un avocat franco-palestinien en détention administrative

La délégation disait vouloir rencontrer Marwan Barghouti, haut cadre du Fatah emprisonné depuis plus de quinze ans en Israël. Il est considéré comme un "terroriste" par la justice israélienne, qui lui a infligé cinq peines de prison à perpétuité pour meurtres pour son rôle dans la seconde Intifada (soulèvement palestinien entre 2000-2005). Au contraire, ses partisans le surnomment "le Mandela palestinien".

La délégation française entendait aussi chercher à voir l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri, en détention administrative en Israël depuis le 23 août. Ce dernier fait l'objet d'un ordre de détention administrative de six mois, confirmé le 22 octobre à la Cour suprême de Jérusalem. Ce régime de détention très critiqué par les défenseurs des droits de l'homme permet à Israël de priver de liberté des personnes pendant plusieurs mois renouvelables indéfiniment sans leur en notifier les raisons.

Le Quai d'Orsay s'est dit fin octobre "préoccupé" par sa situation, en s'étonnant de ne pas avoir connaissance des charges retenues, et a "espéré" sa libération.

"Il en va de la démocratie et de la paix"

Dans un communiqué, LFI a dénoncé après la déclaration israélienne un "déni de démocratie et de liberté" qui est "aussi consternant qu'inacceptable". Le mouvement, dont quatre députés devaient participer au voyage, Clémentine Autain, Michel Larive, Danièle Obono et Muriel Ressiguier, appelle "le président de la République, le gouvernement et le président de l'Assemblée nationale à intervenir pour que cette menace d'interdiction ne soit pas rendue possible", estimant qu'"il en va de la démocratie et de la paix". Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a estimé sur Twitter que c'était "du jamais vu".

Les élus n'en ont cependant pas été officiellement avertis. "On ne m'a encore rien notifié, a assuré Pascal Durand au Monde. Si cela se confirme, c'est incompréhensible. Il y a un accord d'association entre l'Union européenne et Israël. J'y suis allé en délégation avec d'autres eurodéputés il y a un an et demi, et l'on avait été reçu à la Knesset."

Le mouvement de boycott dans le viseur

Par ailleurs, il ne comprend pas pourquoi il a été associé, comme les autres élus, au mouvement international Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), qui dénonce la colonisation en Cisjordanie. Israël le considère comme lui étant hostile. "Je n'ai jamais participé à cela", a déclaré Pascal Durand. "J'ai toujours été un défenseur de la paix, de la solution à deux États et du retour aux frontières de 1967."

"Nous avons décidé de passer de la défense à l'attaque", a indiqué au Monde l'entourage du ministre israélien de la Sécurité publique. "On attaque les partisans du BDS avant même qu'ils ne viennent en Israël, en fonction de leurs agissements et de leurs propos aux États-Unis ou en Europe. Ils ne se cachent pas, tout le monde peut les suivre. Pas besoin de faire partie du Mossad."

Au printemps dernier, le Parlement israélien a adopté une loi qui interdit d'accorder un visa ou un titre de séjour "à tout étranger défendant des sanctions ou le boycott contre Israël ou ses colonies en Cisjordanie", rappelle le quotidien du soir.

C.H.A. avec AFP