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Villeneuve-sur-Lot: le PS et EELV se déchirent

François de Rugy, député EELV, à gauche sur la photo, trouve les propos du chef des députés PS Bruno Le Roux, à droite sur la photo, "pathétiques voire indécents".

François de Rugy, député EELV, à gauche sur la photo, trouve les propos du chef des députés PS Bruno Le Roux, à droite sur la photo, "pathétiques voire indécents". - -

Après la défaite socialiste de Villeneuve-sur-Lot, les deux partis se rejettent la responsabilité de la débâcle. Cette fois, le divorce n’est plus très loin.

Cette fois, c’est la guerre. Après des mois de tensions, l’élection législative de Villeneuve-sur-Lot, ancien fief de Jérôme Cahuzac, semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Avec seulement 23,69% des voix, contre 28,71% pour l'UMP et 26,04% pour le FN, l’élection est une catastrophe pour le camp socialiste.

Dimanche soir, il n’a fallu que quelques minutes à certains responsables socialistes pour désigner le coupable de la défaite: les autres partis de gauche, accusés de diviser. Si le Front de gauche réalise 5,06% des voix, les critiques se sont particulièrement portées sur EELV (2,78%) puisque les écologistes sont les partenaires de gouvernement du PS via un accord électoral.

C'est le patron des députés socialistes, Bruno Le Roux, qui a envoyé les premières salves. Dans deux tweets assassins, il estime le manque de rassemblement à Villeneuve "incompréhensible et inexcusable", puis souligne directement la responsabilité des écologistes.

Totalement anormal que sur des élections partielles la majorité présidentielle ne soit pas rassemblée. Incompréhensible et inexcusable
— Bruno Le Roux (@BrunoLeRoux) June 16, 2013

Chacun doit analyser ses responsabilités. Le PS d'abord. Mais participer à éliminer la Gauche avec 2,78% doit conduire aussi à réfléchir
— Bruno Le Roux (@BrunoLeRoux) June 16, 2013

Au lendemain de l’élection, l’ambiance au PS rappelle un peu celle d’un autre scrutin, national cette fois. "Onze ans après la gueule de bois du 21 avril 2002, on n’a pas su en tirer le moindre enseignement sur la nécessité de rassemblement, déplore le socialiste Luc Cavournas, secrétaire national du PS chargé des relations avec les autres partis. La gauche est partie divisée à Villeneuve-sur-Lot, et la gauche a perdu."

"Le PS a fait cavalier seul"

Malgré les difficultés à venir, EELV a effectivement présenté un candidat à Villeneuve-sur-Lot, et ne s’est pas désisté au profit du candidat socialiste. "Quel était l’enjeu pour les écologistes de présenter un candidat, qui a finalement récolté moins de voix que le Parti d’en rire [petite formation locale]? Il faut qu’on m’explique", fulmine Luc Cavournas.

"Si le PS voulait un candidat commun, il fallait s’y prendre bien plus en amont, rétorque François de Rugy. Au lieu de ça, il a fait cavalier seul, s’y est pris à la dernière minute et s’est plaint deux jours avant l’élection qu’il y avait trop de candidats. Et puis ce mécano électoral, réalisé après l'élection, part du principe que le report de nos voix se serait fait directement sur le PS. Comme si c’était automatique… Les propos de Bruno Le Roux sont pathétiques!"

Une législative partielle, "un contexte particulier"

Pour les écologistes, le PS a pêché sur la forme, mais surtout sur le fond. "Echec de la politique écologiste et sociale du gouvernement, absence de politique écologiste, recul sur des politiques de société…": le bilan égréné par le sénateur EELV Jean-Vincent Placé est rude. 

"Vu la situation politique, nous avions des choses à dire, confirme François de Rugy. Notamment sur la loi sur la transparence, amendée par les députés PS qui l'ont tellement détricotée, qu’à la fin il n’y aucune transparence. Qu’aurait dit un candidat commun sur le sujet? Quelle aurait été sa position?" Et d'ajouter qu'"il y a un an, Jérôme Cahuzac pouvait rassembler car il bénéficiait d’une vraie dynamique. Aujourd’hui, cette dynamique a disparu. Les problèmes, eux, sont réels".

Un argument balayé par Luc Cavournas. "Lorsqu’on a su qu’il y aurait 17 candidats, tout le monde savait que ce serait extrêmement difficile. Qu’on ne nous renvoie pas les difficultés nationales, alors qu’on est dans une législative partielle, qui plus est avec un contexte très particulier."

Hollande, dernier garant du rassemblement

Le divorce semble donc consommé entre les deux partis. Mais deux écologistes, Cécile Duflot et Pascal Canfin, exercent toujours leur fonction de ministre au sein du gouvernement. "Il ne s’agit pas de mélanger les choses, les ministres font leur travail et personne ne peut leur reprocher", botte en touche Luc Cavournas.

Le seul fil existant encore entre les deux partis? "François Hollande", estime François de Rugy, qui voit dans le chef de l’Etat "le garant du rassemblement PS-EELV, car il sait qu’il a été élu grâce à ce rassemblement".

Une union qui pourrait de nouveau servir au cours des prochaines élections. "EELV est crédité de 7 à 10% dans les sondages pour les prochaines européennes, contre 15 à 20% pour le PS, qui se retrouve derrière le FN. Conclusion : s’ils veulent éviter la catastrophe, les socialistes n’ont aucun intérêt à faire cavalier seul".


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Ariane Kujawski