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"Le socialisme de l'offre" sauce Hollande

François Hollande, mardi, lors de sa troisième grande conférence de presse.

François Hollande, mardi, lors de sa troisième grande conférence de presse. - -

"Le temps est venu de régler le principal problème de la France: il faut produire plus et agir sur l'offre". C'est par ces mots que François Hollande a entériné mardi son virage social-libéral.

Une politique basée sur "l'offre" et "la production". Mardi, lors de sa troisième grande conférence de presse, François Hollande a entériné le virage social-libéral qu'il avait entamé lors de ses voeux du 31 décembre.

D'emblée, le président de la République a en effet expliqué que son nouveau cap, le nouveau souffle de son quinquennat, il irait le chercher du côté des entreprises. "Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux", a insisté François Hollande. "C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande", a-t-il ajouté, reprenant une des idées phares de Dominique Strauss-Kahn: "le socialisme de production" (Lire sur ce sujet Le Monde du 8 janvier), autrement appelé "socialisme de l'offre". Le principe en est simple : il faut d'abord créer des richesses pour, ensuite, les répartir.

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"Une vraie politique de l'offre c’est un mécanisme d'incitation à produire, à travailler, à augmenter le volume de travail pour relancer l'économie. Et comment convaincre des entreprises de produire plus? En allégeant les impôts", synthétise Bruno Jérôme, professeur d’économie à l'université Panthéon-Assas, interrogé par BFMTV.com.

De fait, François Hollande a bien annoncé, mardi, qu'il allait soulager les entreprises de quelque 30 milliards d'euros de charges d'ici à 2017, l'équivalent de leurs cotisations familiales. "Je fixe un nouvel objectif, c'est que d'ici 2017, pour les entreprises et pour les travailleurs indépendants, ce soit la fin des cotisations familiales. Cela représente 30 milliards d'euros de charges", a indiqué le chef de l'Etat. Un tel allègement est une revendication de longue date du patronat.

Pas une politique sociale-libérale pure

Avec de telles déclarations, "François Hollande prend ses distances avec son aile gauche. On change petit à petit de vocabulaire", analyse encore Bruno Jérôme, qui nuance: "Mais ce n’est pas non plus une politique sociale-libérale" pure, comme on a pu le dire. Les annonces de mardi de François Hollande vont dans ce sens, "mais il faut aussi prendre en compte la politique industrielle mise en place par le gouvernement français lors de la première partie du quinquennat. Et qui est toujours active. Une politique de subvention aux industries qui ne rentre pas dans les schémas de politique d'offre" qui ont pu être mises en place aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

La politique de François Hollande est donc plus "un socialisme de l’offre". "C'est-à-dire une politique de l'offre qui ne dit pas son nom et qui est mâtinée par une politique industrielle traditionnelle", indique Bruno Jérôme. Un socialisme de l'offre, c'est aussi une politique attachée à la redistribution des richesses.

Mais avant de redistribuer les richesses, l'Etat devra déjà combler le manque à gagner généré par les allègements fiscaux accordés aux entreprises. Et sur ce front, "rien de très concret" ne se dessine encore, rappelle Bruno Jérôme.

Hélène Favier