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La solitude de François Hollande à l’Élysée mise en lumière par Aquilino Morelle

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- - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Un triste portrait du président de la République a été dépeint par son ancien conseiller Aquilino Morelle. Isolé politiquement et physiquement, François Hollande n’a en revanche pas été le seul locataire de l'Élysée dans cette position.

“Tu rentres dîner en famille? Quelle chance tu as. Si tu savais comme je t’envie...”. L’ancien conseiller politique de François Hollande, Aquilino Morelle, publie mercredi un recueil de ses expériences vécues à l’Élysée, et y rapporte des phrases lancées par François Hollande qui témoignent de la solitude du pouvoir.

Dans les bonnes feuilles de L’abdication, publiées dimanche par le JDD, on peut clairement voir qu’il s’estime trahi par le président socialiste, celui qu’il “pensait être son ami”. Un livre revanche donc pour celui qui a été contraint de démissionner après les révélations sur son cireur de chaussures au palais de l’Élysée et une affaire de conflits d’intérêts avec un laboratoire pharmaceutique qui a été classée sans suite.

"Il n'est qu'un malheureux"

Aquilino Morelle ne ménage pas François Hollande, et, si on ne peut savoir à quel point il grossit le trait, décrit l’image d’un Président triste et esseulé.

“A la solitude du chef de l’État, François Hollande ajoutait la sienne propre, celle de l’homme. Bien souvent, (...) c’est seul que je le voyais attablé devant le journal télévisé d’une chaîne d’info en continu ou un match de football, (...) spectacle affligeant que celui de ces mets fins (...) réservés à un seul convive. Celui-là qui n’a personne avec qui partager son repas peut bien être président, il n’est qu’un malheureux”.

Ça, Gérard Davet et Fabrice Lhomme l'avaient déjà noté dans leur sulfureux recueil de confidences Un président ne devrait pas dire ça. "Je suis le spectre de l'Élysée", confiait-il aux journalistes du Monde alors qu'il leur expliquait qu'il mangeait seul ses plateaux-repas.

Une solitude physique accentuée par son isolement politique. “Jamais son propre camp ne l’a lâché si ouvertement”, pointait effectivement Le Canard Enchaîné le mercredi 26 octobre. Sa cote de popularité ne peut pas non plus lui remonter le moral puisqu'elle montre qu’il est un des présidents les moins appréciés de la Ve République, malgré le rebond observé depuis l'annonce de son renoncement à la présidentielle de 2017.

La révélation de l’affaire Julie Gayet est également racontée de l’intérieur par Aquilino Morelle, et montre une nouvelle fois le côté froid et triste de François Hollande, “conscient du gâchis qu’il a causé”. Alors que le Président analysait avec une rigueur froide le reportage de Closer, il a d'un coup pris la mesure du choc. "Quand le brouhaha lui accorda un court instant de répit et qu'il releva les yeux sur moi, la tristesse de son regard était insondable, celle d'un homme seul", se souvient l'ex-conseiller.

La solitude des Présidents n’est pas nouvelle

Toutefois, cette solitude que décrit Aquilino Morelle n’est pas inhérente à François Hollande, et a touché l'ensemble des locataires du palais de l’Élysée. Le général De Gaulle aimait la solitude par exemple. “Dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était ma tentation. Maintenant, elle est mon amie”, écrivait-il dans ses Mémoires.

Le poste présidentiel a même été pensé pour cela par le créateur de la Ve République, comme le décrit Jean-Michel Djian dans Solitudes du pouvoir (Grasset, 2015).

“La fonction présidentielle qu’il (De Gaulle) a instituée en 1958 est pensée à l’aune de la solitude. On y incarne le pouvoir sans le gérer. On le pense”, explique l’auteur dans l’ouvrage. “De Gaulle a très vite compris que la solitude est une alliée du silence et l’expression la plus noble de la puissance.”

Le philosophe Michel Onfray va jusqu’à assurer que la solitude est la marque de fabrique des dirigeants du monde, dans un documentaire de France 3 diffusé en octobre 2016: "C’est au fond la capacité de solitude des hommes de pouvoir qui en font ou non des grands Présidents". Aquilino Morelle a donc, sans le vouloir, peut-être fait un très beau compliment au président de la République.

James Abbott