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À l'aube d'un automne à haut risque, Macron met son camp sous pression

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - AFP

Visiblement conscient que la tension sociale qui irrigue le pays est loin d'avoir disparu, le chef de l'État veut pleinement mobiliser ses ministres, mais aussi sa majorité, de plus en plus prompte à laisser apparaître ses divisions internes.

Le président "en retrait" a-t-il déjà vécu? Depuis la rentrée, Emmanuel Macron s'emploie à mettre son camp sous pression, aussi bien du côté du gouvernement que du côté de sa majorité. Avec un nouveau leitmotiv: le risque d'embourgeoisement que court selon lui La République en marche à l'aube d'un automne à haut risque, où vont s'enchevêtrer réformes, vote du budget et mobilisation sociale. Et ce sans même compter le débat parlementaire sur l'immigration, auquel le chef de l'État a préparé ses troupes en évitant les pincettes.

"Nous sortons d'une crise politique et sociale. L'expression symptomatique d'un mal très profond qu'il y avait dans nos territoires, et qui est encore gros dans la société", affirmait Emmanuel Macron devant ses députés et sénateurs lundi.

"On est à la croisée des chemins"

Voilà pour le décor, celui d'une France loin d'être apaisée, quand bien même le maelstrom du mouvement des gilets jaunes est loin de son acmé. Reste à voir si tous les acteurs sont désormais au clair sur leur rôle. D'autant que le fameux "acte II" de la pièce macronienne sera beaucoup plus politique que le premier: après les élections municipales de mars prochain se profileront les départementales et les régionales de 2021 puis, en bout de course, la présidentielle de 2022. Sans oublier les élections sénatoriales, infiniment plus cruciales que les précédentes, Emmanuel Macron cherchant à imposer un renouvellement complet de la Chambre haute pour éventuellement pouvoir faire passer sa réforme constitutionnelle.

Si le gouvernement subit - c'est en tout cas le sens actuel de la communication élyséenne - la surveillance renforcée du président de la République, le groupe LaREM à l'Assemblée nationale n'est pas en reste. Après le laïus d'Emmanuel Macron sur l'immigration, plusieurs députés ont fait entendre, publiquement ou anonymement, leur voix dissonante.

"On est à la croisée des chemins", affirme auprès de BFMTV.com Bruno Questel, député de l'Eure et vice-président du groupe. "Le chef de l'État a raison de rappeler que la puissance publique, ça a un sens, et qu'il y a des règles de solidarité politique. On doit être en capacité de se mettre collectivement en mouvement pour porter le message du président pour permettre sa réélection en 2022."

Si l'intéressé ne pipe mot sur cette perspective là, il met en scène sa reconquête. Le portrait flatteur que lui a consacré l'hebdomadaire américain Time en témoigne. Emmanuel Macron s'y décrit comme étant au beau milieu de la "Vallée des Morts", à mi-chemin entre le réformisme parfois brutal de ses premières années au pouvoir et un chapitre censé donner la primeur à la pédagogie, à l'écoute des Français.

Temps de "maturation" pour LaREM

Ce semi-changement de pied, dans la mesure où le chef de l'État ne semble pas enclin à réellement diminuer sa présence au front, elle est en partie guidée par un précédent historique que tous ses soutiens ont désormais à la bouche: celui de la défaite socialiste de 2002, malgré le bilan positif de Lionel Jospin. Une époque que Bruno Questel, ancien chef de cabinet du ministre radical du Commerce extérieur François Huwart, a bien connue. 

"On va avoir un semestre jusqu'aux municipales où il sera bon de ramener la majorité à sa responsabilité collective. S'il y a des divergences, on les traite entre nous. Pour l'instant ça ne part pas dans tous les sens, mais il faut des règles", estime-t-il.

Un autre pilier du groupe LaREM, "déçu" par certains aspects de l'intervention présidentielle du 16 septembre, prédit "un temps de débat et de maturation" pour le mouvement.

"Quand le président nous parlait de 'parti bourgeois', ce n'était pas tant une adresse aux parlementaires qu'une exigence que l'on définisse une ligne cohérente, en l'occurrence sur l'immigration. Après, on ne peut pas se dire qu'il faut être courageux en matière économique puis ne pas l'être sur le régalien", nous concédait récemment cet élu. Quitte à offusquer les marcheurs revendiquant leur sensibilité de gauche.

"Vierges effarouchées" sur l'immigration

Cette aile gauche, remuante, sera donc sous haute surveillance dans les mois à venir. Le projet de loi sur la bioéthique et la longue concertation prévue pour la réforme des retraites, unanimement soutenus par la majorité, devraient pacifier les choses. Sur l'immigration, qui fera l'objet d'un débat au palais Bourbon le 30 septembre puis au Sénat le 2 octobre, un autre député LaREM cherche à mettre de l'huile dans les rouages:

"J'ai dit l'autre jour à mes camarades qu'il fallait arrêter de jouer les vierges effarouchés sur ce sujet, même si on a tous notre générosité. Le propos du président s'inscrivait dans un cadre spécifique; ce n'est pas son discours de l'an dernier aux Bernardins sur la laïcité. Il y avait une transversalité, il parlait d'unité, de République..."

Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron veut capitaliser sur son modeste rebond dans l'opinion pour élargir son champ électoral. "Il ne chasse pas seulement sur les terres de la droite et de Le Pen. Il va aussi sur celles de Mélenchon. Il chasse le populo", décrypte un ministre auprès du Parisien. De ce point de vue, l'ambitieuse et complexe réforme des retraites fera office de test. "La société est en tension. On a un énorme travail de proximité à faire", reconnaît Bruno Questel. Et d'ajouter:

"Mais si on fait notre boulot collectivement, il n'y a aucune raison que les Français ne mesurent pas l'équité et les bienfaits de cette réforme. On travaille actuellement pour les générations futures." Encore faut-il que celles-ci l'entendent de cette oreille.
Jules Pecnard