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21 avril 2002: Hollande craint un bégaiement de l'Histoire en 2017

François Hollande et Lionel Jospin, le 9 novembre 2012.

François Hollande et Lionel Jospin, le 9 novembre 2012. - Bertrand Langlois - AFP

Plusieurs sondages donnent la gauche éliminée dès le premier tour de la présidentielle de 2017. Une perspective qui effraie le chef de l’Etat.

Un 21 avril "bis" en 2017? Avec un Front national en hausse dans l’opinion et dans les urnes, et un président sortant au plus bas, l’hypothèse de voir, comme il y a 14 ans, la gauche absente du second tour de la prochaine présidentielle si elle était représentée par François Hollande est aujourd’hui plus que tangible.

Le 21 avril 2002, l’élimination du candidat du Parti socialiste, le Premier ministre sortant Lionel Jospin, au soir du premier tour avait provoqué un séisme. Immédiatement après la qualification - pour la première fois - du cofondateur du FN Jean-Marie Le Pen face au Président sortant de la droite Jacques Chirac, d’importantes manifestations avaient débuté un peu partout en France. Au second tour, Jacques Chirac avait été réélu avec 82% des suffrages. Mais la date est restée comme un traumatisme pour la quasi-totalité de la sphère politique, surtout à gauche.

Donné comme éliminé au 1er tour dans tous les cas

Or, selon notre sondage Odoxa-Dentsu Consulting publié samedi dernier, si le premier tour avait eu lieu dimanche dernier et si François Hollande était le candidat de la gauche, il aurait été éliminé dans tous les cas de figure testés. Si Nicolas Sarkozy était le candidat de la droite, le chef de l’Etat sortant (15 % des intentions de vote) serait arrivé derrière Marine Le Pen (31 %) et le président des Républicains (20 %). Et si Alain Juppé était le candidat de la droite, François Hollande (14 % d’intentions de vote) serait arrivé derrière le maire de Bordeaux (34%) et la présidente du Front national (32 %).

De piètres scores, un peu atténués si le ministre de l’Economie Emmanuel Macron représentait la gauche: dans l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Sarkozy pour la droite - mais pas si Juppé représentait la droite - il irait au second tour face à Marine Le Pen.

Et la prédiction se répète, enquête après enquête: encore mercredi, un sondage Ifop-Fiducial a annoncé une élimination de François Hollande et de la gauche dès le premier tour…

"Je l'ai vécu, j'étais Premier secrétaire du PS"

La perspective effraie le chef de l'Etat, et depuis des années. En 2011, plus d'un an avant la présidentielle de 2012, il disait déjà: "Le 21 avril 2002 n'était pas un accident, c'était la résultante de la dispersion de la gauche et de la faiblesse du PS. Cette éventualité peut se reproduire".

En février, interrogé au sujet de la possibilité d'un nouveau 21 avril, il lançait: "Bien sûr que j'y pense". "Je l'ai vécu, j'étais Premier secrétaire du Parti socialiste", avait-il poursuivi. "Je sais ce que ça représente la douleur, la souffrance de ne pas avoir le choix (...) chacun doit y réfléchir, non pas essayer de trouver je ne sais quelle combinaison pour éviter cet éventualité, mais pour savoir qu'est-ce qu'on veut". Et de résumer, comme résigné: "Les conditions pour un nouveau 21 avril sont réunies".

Chiffon rouge agité une nouvelle fois pour éviter la dispersion et rassembler derrière le plus impopulaire des présidents de la Ve? En janvier, invité de BFMTV, le socialiste Julien Dray brandissait cette menace pour appeler à une primaire de "toute la gauche" avec Hollande en vue de 2017. "La question sous-jacente est d'être présent au second tour de l'élection présidentielle, de ne pas recommencer le 21 avril 2002", expliquait-il. Plusieurs mois après, l'idée ne s'est toujours pas imposée. Mais l'Histoire, elle, pourrait se répéter. 

V.R.