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Régionales: qui sort gagnant et qui sort perdant du premier tour?

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen arrive en tête du premier tour des régionales.

En Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marine Le Pen arrive en tête du premier tour des régionales. - Philippe Huguen - AFP

Le premier tour des élections régionales a été marqué par le succès du Front national, au détriment de Les Républicains et du PS, qui ne bénéficie pas du récent regain de popularité de François Hollande.

Au lendemain du premier tour des élections régionales, les états-majors des partis politiques scrutent les résultats à la loupe. Les chiffres serviront de base de réflexion pour déterminer la stratégie de la semaine qui s'ouvre, jusqu'au second tour. L'occasion de se demander qui sort gagnant et qui sort perdant de ce scrutin, le dernier avant 2017.

> Un vote sanction contre le gouvernement?

Au PS, le réveil a été difficile lundi matin. Selon Opinionway-B2S, 36% des électeurs ont voulu exprimer dimanche leur opposition à l'action de François Hollande et de son gouvernement. "Parler d'un vote sanction me paraît excessif", nuance Yves-Marie Cann, de l'institut Elabe. "On a certes une gauche qui enregistre un vrai décrochage par rapport au scrutin de 2010, mais au niveau national le PS se maintient au-dessus des 23%".

Selon le sondeur, le parti de Jean-Christophe Cambadélis sauve donc les meubles par rapport à ses résultats aux départementales ou aux municipales. Mais il ne bénéficie pas non plus du regain de popularité de François Hollande après les attentats. Et les conditions de négociation en vue du second tour, avec notamment la polémique provoquée par le maintien de Jean-Pierre Masseret dans le Grand Est, laissent entrevoir une situation plus que tendue à Solferino.

Même si le PS peut bénéficier d'un report de voix, "le vote pour les listes de gauche autres que le PS s'est souvent construit en opposition au gouvernement", rappelle Yves-Marie Cann. Ce qui laisse planer un doute sur le niveau de report des voix écologistes et Front de gauche, dont le PS a pourtant cruellement besoin.

> Les Républicains: une contre-performance

Malgré un discours offensif et une ligne dictée par Nicolas Sarkozy dès dimanche soir, Les Républicains (LR) font eux aussi grise mine. "Ils espéraient une vague bleue", rappelle Eddy Fougier, politologue à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Dimanche matin, un membre du bureau politique revoyait les espoirs à la baisse, et disait dans Le Parisien espérer gagner "quatre ou cinq régions". A l'issue du premier tour, les candidats républicains arrivent en tête dans trois régions.

"Les chiffres sont en baisse par rapport aux départementales de 2015, mais aussi des européennes de 2014", constate Eddy Fougier. Une défaite due aux choix de Nicolas Sarkozy, selon Yves-Marie Cann: pour lui, "le peu de lisibilité de sa stratégie depuis son retour en politique se traduit par une contre-performance dans les urnes". Si le FN sort gagnant de ce premier tour, c'est donc d'abord au détriment des Républicains... et de leur président. "Cela signifie aussi que le retour de Nicolas Sarkozy ne crée pas la même dynamique qu'il l'espérait", conclut Yves-Marie Cann.

Face à la déroute, certains chez Les Républicains pourraient être tentés de se faire entendre: Jean-Pierre Raffarin et Nathalie Kosciusko-Morizet ont publiquement contredit Nicolas Sarkozy en demandant le retrait de Dominique Reynié, arrivé en 3e place en Languedoc-Roussillon. Eric Woerth, lui, a clairement critiqué le leadership de Nicolas Sarkozy. "Nous n'avons pas de leader officiel, légitime qui porte les couleurs officielles de l'ensemble du parti", a-t-il lancé dimanche soir, avant de rétropédaler lundi.

> Le Front national, grand gagnant

Incontestablement, le Front national sort grand gagnant de ce premier tour. Il progresse d'élections en élections: cette fois, il dépasse les six millions d'électeurs même s'il ne dépasse pas encore son record de la présidentielle de 2012. "Il progresse en terme de suffrages exprimés, mais aussi en nombre de voix", souligne Yves-Marie Cann. On se souvient des élections européennes de 2014 qui avaient vu le FN rassembler 4,7 millions de voix, puis du premier tour des départementales où il en avait récolté 5,1 millions. Dimanche soir, on en comptabilisait un peu plus de 6 millions.

La dynamique est très claire, et s'explique par différentes circonstances: "Le contexte de forte défiance vis-à-vis des grands partis de gouvernement, et de leur manque de résultats", relève le sondeur, mais aussi par le fait que sur certains sujets, comme l'identité française ou la montée d'un islam radical, "de nombreux Français voient dans le FN la formation politique la plus crédible". Le contexte économique morose joue lui aussi un rôle.

Enfin, le Front national s'est lancé, depuis l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, dans une stratégie d'implantation locale. "C'était le cadet des soucis de Jean-Marie Le Pen", rappelle Yves-Marie Cann. Le parti frontiste pourrait donc gagner de nouveaux élus qui lui permettront d'asseoir son maillage local. Une façon, déjà, de préparer la présidentielle dont l'élection régionale pourrait être un avant-goût.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV