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Taxe à 75%, identité nationale... Ces mesures choc qui ont fait (ou pas) l'élection présidentielle

Le Palais de l'Elysée (illustration)

Le Palais de l'Elysée (illustration) - dr

Hidalgo et Le Pen ont, toutes les deux, proposé une mesure forte qui vise à creuser l'écart avec les autres prétendants à l'Élysée en 2022. Un classique des campagnes présidentielles. Retour sur la genèse de ces propositions.

Ministère de l'identité nationale, taxe à 75% pour les plus riches, fin de la taxe d'habitation... Autant de mesures qui se sont imposées dans le débat lors des différentes présidentielles et qui visaient à faire tourner l'élection autour de cette proposition.

Une sorte de Blitzkrieg ("une guerre éclair") qui intervient de différentes manière suivant le profil et le besoin des candidats.

Occuper le terrain de son adversaire

Les mesures "wahou!", comme on les appelle dans le monde politique, se créent souvent lorsqu'on perd l'avantage. C'est le cas en 2007 lorsque Nicolas Sarkozy, alors en tête dans les sondages, voit François Bayrou monter avec inquiétude. Le centriste se projette alors dans "les sillons d'un populisme rural" et multiplie les sorties sur les notions de terroir et d'identité.

A la recherche d'une idée forte pour le distancer, le futur président se tourne vers son conseiller d'alors, Patrick Buisson. "Il faut que tu transgresses. Et la transgression majeure, c'est l'identité nationale", raconte-il en 2016 dans La cause du peuple. Message reçu 5 sur 5.

Quelques jours plus tard, le candidat de droite annonce sur France 2 vouloir "un ministre de l'immigration et de l'identité nationale, qu'aujourd'hui le dossier de l'immigration est explosée en 3 ministères différents", continue Patrick Buisson dans son livre.

L'initiative fonctionne. Alors qu'en février 2007, plusieurs sondages donnent François Bayrou gagnant au second tour face à Nicolas Sarkozy, il finit par baisser après l'annonce de celui qui succédera à Jacques Chirac.

Une mesure découverte en direct par l'équipe de campagne

Même phénomène avec François Hollande en 2012. Alors que Jean-Luc Mélenchon monte dans les sondages, le socialiste décide de chasser sur les terres de son concurrent, classé plus à gauche.

"J'ai considéré, j'en fais ici l'annonce, qu'au-dessus d'un million d'euros par mois, le taux d'imposition devait être de 75%", annonce le candidat en février 2012 sur TF1. Avant de se corriger quelques minutes plus tard. "Un million d'euros par an, donc à peu près 100 000 euros par mois."

Mais l'annonce est mal préparée et hormis les trois hommes forts de la campagne, Pierre Moscovici, Manuel Valls et Stéphane Le Foll, personne n'est au courant.

Interrogé quelques minutes après la déclaration de François Hollande, Jérôme Cahuzac, alors son conseiller fiscalité dans la campagne, botte en touche. Et pour cause: il n'a jamais entendu parler de cette mesure.

"Vous m'interrogez sur une déclaration que je n'ai pas vue donc je ne sais pas trop quoi vous dire", répond dans une gêne palpable le futur ministre délégué au Budget.

La mesure "wahou!", mal ficelée, sera redéfinie au fur et à mesure de la campagne, avant d'être censurée par le Conseil constitutionnel.

Casser son image et se faire connaître des électeurs

Autre histoire pour Anne Hidalgo pour la présidentielle 2022. Jugée trop parisienne et trop déconnectée d'une partie des réalités françaises, d'après un sondage Odoxa-L'Obs, l'édile socialiste a très vite le besoin de se faire connaître plus largement.

La maire de Paris décide donc de lancer une proposition forte pour le début de sa campagne présidentielle à Rouen le 12 septembre dernier, celle de doubler le salaire des professeurs.

"Foire du trône de la démagogie" pour le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, "mesure clientéliste" pour Christophe Castaner... Peu importe, la mesure a l'avantage de faire parler d'elle et d'obliger une partie de la classe politique à se positionner sur son sujet.

Gagner en crédibilité

Enfin, la mesure "wahou!" vise à faire évoluer une image parfois abîmée. Alors que la stature économique de Marine Le Pen a été mise en difficulté par son débat de l'entre-deux tours face à Emmanuel Macron en 2017, sa toute première mesure annoncée pour 2022 est la nationalisation des autoroutes.

Défendue également par Arnaud Montebourg, Eric Piolle et Jean-Luc Mélenchon, la proposition peine à s'imposer dans le débat. A l'exception du patron de Bercy, Bruno Le Maire, qui parle d'un "désert des idées", le monde politique, lui, ne rebondit pas. Preuve, s'il en est, que la réussite d'une mesure "wahou!" est une recette complexe.

Marie-Pierre Bourgeois