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Présidentielle

Macron à Strasbourg: comment la présidentielle va s'inviter au Parlement européen ce mercredi

Emmanuel Macron au Parlement européen, à Strasbourg, le 17 janvier 2022

Emmanuel Macron au Parlement européen, à Strasbourg, le 17 janvier 2022 - PATRICK HERTZOG © 2019 AFP

À l'occasion de la présidence française de l'UE, Emmanuel Macron s'adressera ce mercredi aux parlementaires européens. L'occasion pour toutes les formations politiques hexagonales, d'exporter le scrutin présidentiel sur la scène européenne.

Est-ce le président de la République française, le président français de l’Union européenne, ou le candidat à la présidentielle qui s’exprimera à la tribune du Parlement européen? Emmanuel Macron se déplace ce mercredi à Strasbourg, où il doit prendre la parole devant les eurodéputés, à moins de trois mois de la fin de son mandat.

Ce sera un moment charnière pour celui qui avait annoncé dès la campagne de 2017 vouloir ouvrir une "nouvelle page" de l’UE s’il était porté à l’Élysée. Le chef de l'État Emmanuel Macron compte sur la présidence française de l’UE (PFUE) pour devenir un atout de sa campagne qu’il n’a pas, à cette date, officiellement débutée.

"On s’est tous dit que c’était difficile de se déclarer candidat avant le 19 janvier", souligne un élu de la majorité auprès du Parisien.

"Le discours sera dans la continuité des axes présentés lors de sa conférence de presse du 9 décembre, sur la souveraineté européenne, la réforme de la zone euro, les transitions écologique ou numérique", a assuré Clément Beaune au quotidien.

"On ne va pas changer notre ADN européen, mais le but n’est pas de répéter les exercices", a expliqué le secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Une tribune contre le chef de l'État pour LFI

Mais plus que le discours d'Emmanuel Macron lui-même, c'est le débat qui va suivre qui s'annonce particulièrement animé. Et pour cause, Strasbourg offrira une joute verbale impossible en France: sa prise de parole sera suivie d'une séance de questions-réponses avec les représentants de tous les groupes parlementaires. De quoi transformer cet évènement de campagne en débat franco-français.

L’eurodéputée La France Insoumise (LFI) Manon Aubry compte par exemple bien en profiter pour attaquer le bilan du chef de l'État. Comme toutes les oppositions. "Je vais lui dire: 'vous vous présentez comme le champion du social alors que vous avez reléguez au calendes grecques une directive pour protéger les travailleurs des plateformes uberisées, vous vous présentez comme le champion du climat mais vous venez de pactiser avec Orban (le Premier ministre hongrois, NDLR) pour défendre le gaz et le nucléaire, vous vous présentez comme le champion de la réindustrialisation alors que vous signez des accords de libre-échange à tour de bras'", détaille-t-elle auprès de BFMTV.com.

Et d’en profiter, à son tour, pour donner un aperçu de quelle visage aurait l’UE sous Jean-Luc Mélenchon, s’il venait à être élu en avril. "On sort pour l’occasion un plan de 24 pages inédit qui explique, si demain on est au pouvoir, comment on fait pour sortir des blocages et enfin mener de véritable rapports de force sur la scène européenne", explique Manon Aubry. Le candidat de la France Insoumise a d'ailleurs déjà présenté son plan de "désobéissance" dans une interview au Monde ce mardi.

Bardella va parler immigration, "sans grande surprise"

L’insoumis n’est pas le seul à s’être opposé au quasi-candidat Macron dès ce mardi sur le thème européen. La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a consacré une conférence de presse sur la question. Avec l’allure de second tour à distance contre un rival encore incertain.

L’ancienne députée européenne a fustigé l'idée de "souveraineté européenne" défendue selon elle par les "jumeaux Macron-Pécresse". La présidentielle sera l'occasion de "trancher entre deux visions de l'Europe", celle des "européistes", d'une Union "dominatrice des nations", et celle qu’elle porte "d'une alliance européenne des nations."

L’eurodéputé du RN Jordan Bardella, qui prendra la parole à Strasbourg demain, a choisi de consacrer ses "trois-quatre" minutes d’allocution, "sans grande surprise", à la question de l’immigration, reconnaît-il auprès de BFMTV.com.

"L’élection présidentielle française va décider du sort de la France mais aussi du sort de l’Europe. Si Macron est réélu, il risque de perdre encore plus la main sur la politique d’immigration. Je lui rappellerai que les Français attendent aujourd’hui qu’on rétablisse des frontières au niveau français comme au niveau européen", avance-t-il.

Un premier duel Macron-Jadot

Le candidat écologiste et eurodéputé Yannick Jadot, très loin du second tour dans les sondages, tient là une occasion unique pour s'offrir un premier duel face à son rival. "C’est certain, ça permet de se donner à voir", reconnaît l’eurodéputé écologiste David Cormand auprès de BFMTV.com.

"Nous, on s’appelle Europe Ecologie, et (ce mercredi) on va montrer que sur l’Europe, comme sur l’écologie, Macron dit qu’il incarne le nouveau monde, alors que c’est véritablement l’ancien monde."

"Imposture, ambiguïté, escamotage..." L’élu n’a pas de mots assez forts pour qualifier l’action du président en exercice sur le champ européen. "Macron s’affiche et s’affirme comme étant un gourou européen écologiste mais dans les actes, il reconduit les vieilles coalitions du statu quo au niveau européen, et n’hésite pas à s’appuyer sur les dirigeants ultra-conservateurs de Pologne et de Hongrie pour faire valider le pacte faustien sur l’accord gaz-nucléaire reconnues comme énergie de transition dans la taxonomie", pointe-t-il.

Éric Zemmour à Calais

Tout ne se jouera cependant pas dans l’hémicycle européen demain. Éric Zemmour a trouvé un autre moyen de faire parler de lui, son jeune parti Reconquête! ne disposant pas de députés européens. Le candidat d’extrême droite prendra la parole au même moment que le président sortant à Calais, ville symbole des tensions européennes sur le dossier des migrants, pour mettre en scène sa propre vision de l’Europe.

Nina Jackowski