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Présidentielle

Edouard Philippe n'a "pas envie qu'on l'emmerde, puisque c'est un terme à la mode"

Edouard Philippe lors d'un meeting de son parti Horizons à Niort le 15 janvier 2022

Edouard Philippe lors d'un meeting de son parti Horizons à Niort le 15 janvier 2022 - GUILLAUME SOUVANT © 2019 AFP

L'ex-Premier ministre a connu un premier revers avec le veto opposé par Emmanuel Macron à la fusion de son parti, Horizons, avec Agir, celui de Franck Riester. Agir devait apporter des moyens et des hommes à Edouard Philippe qui mise sur les législatives pour s'imposer en 2027.

Premières tensions dans la Maison commune. Edouard Philippe réagit ce matin dans l'Opinion à l’échec de la fusion entre la formation du maire du Havre, Horizons, et Agir, le parti dirigé par le ministre du commerce extérieur, Franck Riester.

"Je n'ai pas envie qu'on m'emmerde, puisque c'est un terme à la mode", affirme-t-il alors qu'Emmanuel Macron est aux commandes de cet abandon entériné le 11 janvier.

Des mots loin d'être choisis au hasard, en forme de message direct au locataire de l'Elysée, comme le résume ce lundi matin l'éditorialiste Matthieu Croissandeau sur BFMTV.

"L'allié devient trop gourmand pour le chef de l'Etat", estime-t-il.

"Coquille vide"

Le mouvement Ensemble citoyens!, inauguré le 29 novembre dernier à la Mutualité, "ressemble de plus en plus à une coquille vide", ajoute Matthieu Croissandeau, alors qu'il devait rassembler tous les mouvements de la macronie. Après le veto opposé par le président, Edouard Philippe a suspendu sa participation à cette structure qui doit se retrouver mardi pour préparer l'entrée du chef de l'Etat dans l'arène présidentielle.

Disposant d'un groupe à l'Assemblée nationale et de moyens, le parti Agir devait servir de rampe de lancement à l'homme politique le plus populaire de France, qui compte sur les législatives pour installer durablement Horizons. Un enjeu de taille puisque le financement de la vie politique est basé sur ce scrutin.

L'ex-Premier ministre ne cache pas son mécontentement face à cette volte-face dans les pages de L'Opinion ce lundi.

"Je ne veux pas être ministre. Je ne veux pas aller à l'Assemblée. Je ne demande rien. Mais je n'ai pas envie qu'on m'emmerde, puisque c'est un terme à la mode", a-t-il pointé.

Et de souligner le manque de stratégie de la majorité, anticipant une potentielle montée de la candidate des Républicains Valérie Pécresse.

"Je ne comprends pas très bien la stratégie de se départir de son flanc droit face à la candidature de Valérie Pécresse. Je ne suis même pas sûr que cela fasse gagner sur le flanc gauche..."

Libre et loyal

L'ex-Premier ministre y voit un injuste "deux poids, deux mesures" dans la charte de cohabitation de cette maison commune.

"Les règles qui ont été fixées s'appliquent à tous, sauf à nous. C'est bien étrange pour une maison commune. Mais ça n'a aucune importance. On va continuer de développer Horizons, en restant tout à fait loyal au Président", a expliqué Edouard Philippe à L'Opinion.

Pourquoi le président voudrait-il freiner les ambitions d'un soutien qui jure se montrer fidèle? L'éditorialiste Matthieu Croissandeau revient sur les enjeux en cas de réélection d'Emmanuel Macron.

"Qui aura le pouvoir au fond? Est-ce que ce sera un président qui vit son dernier mandat à l'Elysée, qui n'a pas vraiment de parti ou d'homme fort autour de lui, ou un poids lourd comme Edouard Philippe qui a les yeux rivés sur 2027?"

Edouard Philippe encaisse le revers, et atténue sa douleur. "Par peur, certains ont cru pouvoir empêcher la fusion avec Agir. Elle se produira de fait puisque la plupart des élus sont en train de nous rejoindre", souligne-t-il dans L'Opinion. A noter: ils peuvent appartenir aux deux mouvements.

De quoi gonfler les rangs du parti du maire du Havre qui affiche déjà de fortes figures de maires en base-arrière, à l'instar de Christian Estrosi à Nice ou d'Arnaud Robinet à Reims. Samedi dernier, Edouard Philippe a lancé les cent premiers comités municipaux de son parti, contrastant avec le faible ancrage local du parti LaREM.

Nina Jackowski